Rayon frais

Cinéma

par @FrancoisChe

Documentaire : Ceuta, une prison à ciel ouvert

Documentaire : Ceuta, une prison à ciel ouvert

Ceuta, enclave espagnole située à la pointe du Maroc, constitue le dernier rempart pour les migrants africains, avant de tenter de décrocher le graal absolu : poser un pied sur le sol européen, sain et sauf. Un documentaire raconte les aventures tumultueuses de ces hommes qui risquent leur vie pour accéder au Vieux continent.

On a posé quelques questions à Loïc H. Réchi et Jonathan Millet, coréalisateurs du documentaire « Ceuta, douce prison », pour en savoir plus sur la genèse de ce projet, actuellement en salles (depuis le 29 janvier).

Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet ?
Nous sommes arrivés en repérages à Ceuta avec l'idée de faire un film sur les frontières. Le « mur » nous posait question. Un mur impressionnant mais si peu médiatisé. Sur place, nous nous sommes rendus compte des enjeux considérables concentrés sur cette minuscule enclave de 18 km2. Cette zone tampon, est en passe de devenir un des symboles de la fermeture progressive de l'Europe. Bien plus que la frontière entre le Maroc et l'Espagne, il s'agit de la frontière Nord / Sud.
Ceuta est une immense prison à ciel ouvert, où errent un bon millier de migrants. Nous avons rencontré des Afghans, des Congolais, des Indiens, des Algériens... Et tous témoignaient des routes migratoires toutes rendues plus mortelles chaque jour. On a senti qu'il y avait là quelque chose de fort.

Pénétrer dans l'enclave est un véritable parcours du combattant, peux-tu nous décrire à quoi ça ressemble ?
Accéder à Ceuta est l'un des points les plus risqués du voyage. Les aventuriers organisent généralement des convois au départ de Rabat. Ils collectent de l'argent pour acheter un bateau gonflable et des bouées qu'ils embarquent avec eux en direction de M'diq, une petite ville marocaine au sud de Ceuta. De là, ils passent généralement plusieurs jours cachés dans la forêt, à attendre le meilleur moment pour mettre leur embarcation de fortune à la mer. Ce dernier point est loin d'être une formalité. La forêt est bien connue des gardes-côtes marocains. Ils y organisent des rondes quotidiennes, de jour comme de nuit, pour empêcher les migrants de tenter la traversée.
Lorsqu'ils sont arrêtés, les migrants sont envoyés en cellule quelques jours, parfois après avoir été battus, et sont finalement déportés à la frontière entre le Maroc et l'Algérie. Les plus « chanceux » qui parviennent à embarquer se lancent dans un combat de plusieurs heures contre l'élément. Ils doivent ramer vers le Nord pour rejoindre Ceuta. Les plus pauvres d'entre eux tentent la traversée à la nage, parfois au péril de leur vie. C'est le cas de Nür dans le film.

Visiblement, Ceuta n'a rien d'une « douce prison ». Pourquoi avoir appelé le film ainsi ?
La genèse du titre remonte à notre premier voyage à Ceuta, en mars 2010. Nous avions rencontré Gurjeet, un migrant indien qui rongeait son frein là-bas depuis quatre longue années. Quand on l'a interrogé sur son quotidien, il nous a naturellement lâché cette expression : « Ceuta est douce prison ». C'est un bon résumé.
Ceuta est une prison pour les migrants dans la mesure où ils ne savent pas combien de temps ils y resteront, car ils n'ont aucun droit et ne peuvent donc pas travailler. Cette sensation de cadre carcéral est atténuée par le fait de pouvoir se déplacer librement pendant la journée. Le ciel est toujours bleu et ensoleillé. Ce sentiment de prospérité flotte dans les rues du centre-ville. Le titre du film rend compte de ce terrible paradoxe.

La bande-annonce du documentaire