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par @FrancoisChe

Docu : « Doin' It In The Park », la légende du streetball new-yorkais

Docu : « Doin' It In The Park », la légende du streetball new-yorkais

Associé à Bobbito Garcia, le réalisateur français Kevin Couliau est l'auteur d'un documentaire référent sur le basket de rue à New York. Les deux hommes ont parcouru les terrains pour rendre compte de ce que représente le phénomène streetball à Big Apple. Il faut savoir que de nombreuses stars NBA - de Julius Erving à Joakim Noah - ont fait leurs armes sur l'asphalte et que des joueurs de légende comme Earl « The Goat » Manigault sont nés sur les playground.
Le documentaire Doin'It In The Park est projeté dans une salle parisienne, le jeudi 3 mars. On a profité de sa présence en France, pour poser quelques questions à Kevin Couliau.

Comment est né le projet de documentaire ?
Kévin Couliau : Réaliser un documentaire sur le streetball new-yorkais était un rêve de gosse. En tant que joueur de basket, des chefs d'oeuvres comme Hoop Dreams (Steve James, 1994) et Soul in The Hole (Danielle Gardner, 1997) ont eu un grand impact sur ma vision de ce sport aux Etats-Unis.
Depuis 2004, je contribue, avec mes photographies, à documenter le basket de rue. Et c'est via ma collaboration avec le magazine Bounce dont Bobbito Garcia fut le cofondateur que tout s'est précisé. Cette icône urbaine est un personnage aux multiples savoir-faire. Il m'a guidé sur les terrains et les tournois de basket, mais on a surtout joué ensemble à chacune de nos rencontres, au cours des 10 dernières années.

Quel a été le tournant ?
KC : En 2009, j'ai réalisé une première vidéo intitulée Heart & Soul of New York City, un condensé très rythmé d'un été passé sur les tournois de basket outdoor. Le clip a accumulé plus d'un million de vues en ligne mais a surtout marqué l'esprit de Bobbito. Début 2010, il me propose de travailler sur un projet de documentaire autour du jeu appelé « le 21 », une spécialité des playgrounds de Big Apple. Mais on a décidé d'élargir le champ d'action au pick-up basketball. En juin de la même année, je m'envole donc pour New York afin de tourner Doin' It In The Park avec Bobbito. Je dors sur son canapé, j'investi dans un vélo et c'est parti. Avec du matériel vidéo et un ballon dans le sac à dos, nous avons exploré 180 terrains à travers les cinq quartiers et interviewé 60 personnes en deux mois et demi de tournage.

Pourquoi avoir choisi Bobbito Garcia comme guide ?
KC : Bobbito et moi-même sommes des nerds du basket new-yorkais avec notre propre réseau de connaissances, nos archives sur le sujet mais aussi nos terrains de prédilection. Notre objectif était de mettre en lumière les anonymes du basket, qui représentent la majorité des pratiquants et jouent uniquement par passion. Notre méthode de tournage (équipement léger, déplacements à vélo) nous a permis de sillonner la ville dans ses moindres recoins et d'aller au contact de communautés moins visibles telles que les joueurs sourds & muets du terrain de « Each One Teach One ».
On a essayé d'inscrire notre périple dans la structure du film afin de créer un fil conducteur aux multiples chapitres du film, et d'une certaine manière nos personnages servent de guide. Tous, sans exception, sont fiers de leur quartier et de leur culture.

Comment expliquer que le streetball soit si populaire aux USA ?
KC : Je pense que la popularité du basket de rue va de paire avec la popularité du basket organisé. La NBA est la plus grosse ligue sportive au monde, sa puissance médiatique aux Etats-Unis est incroyable et ses athlètes sont autant adulés que des pop stars. Dans les années 70, les stars comme Julius Erving ou Wilt Chamberlain s'affrontaient sur l'asphalte de Rucker Park devant des milliers de fans. Aujourd'hui, le phénomène s'est amplifié avec plus de 150 tournois de streetball organisés chaque été à New York. Ça à un impact direct sur le nombre de pratiquants qui s'essayent au basket indoor, comme outdoor. Certaines villes américaines comme New York, Chicago, Los Angeles disposent de solides infrastructures, notamment de superbes playground, dont le design s'intègre parfaitement dans l'urbanisme. En Europe, on a beaucoup à apprendre de ce côté la, on préfère construire des city stades car ça coute moins cher, mais c'est impraticable et beaucoup moins esthétique qu'un vrai terrain de basket ou de foot.

Que voulais-tu montrer dans ce documentaire ?
KC : Avec Doin' It In The Park on a voulu souligner qu'au delà de sa dimension athlétique et de sa fonction récréative, le basket était générateur de lien social au sein d'une communauté. Il y'a plus de 700 terrains de basket à New York, et dans certains quartiers, c'est un lieu de rencontres, d'échanges entre les différentes communautés. On a voulu aussi présenter l'essence de la culture basketball et combler un vide dans la vidéothèque basket. La majorité des documentaires se focalisent sur des individus ou des tournois, rarement sur le phénomène dans son ensemble.

Quelles sont les rencontres marquantes que tu as pu faire tout au long du tournage ?
KC : On a eu la chance d'interviewer plus de 60 personnes : des anciens joueurs NBA, des légendes du playground, des femmes, des anciens, des sourds & muets et même des détenus de Rikers Island (la plus importante prison des Etats-Unis NDLR) avec qui nous avons eu la chance de jouer ! J'ai été spécialement marqué par Pee Wee Kirkland car c'est un phénomène en interview, il est resté bloqué dans les 70's, tant dans son look que dans sa manière de parler. Cependant il dégage une prestance et détient une science du basket incroyable. Kenny Smith et Kenny Anderson étaient de bons clients également car leur visages se sont illuminés à partir du moment ou leur a parlé de pick-up basketball. Un vrai retour en enfance pour ces anciennes gloires de la NBA.

Doin' It In The Park sera projeté en avant-première le jeudi 3 avril au cinéma MK2 Bibliothèque, en présence des réalisateurs. Pour choper des tickets : www.weezevent.com/doinitinthepark

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Propos recueillis par François Chevalier