Rayon frais

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par @FrancoisChe

« Favelado » : le reportage d'Alexis Pazoumian sur les quartiers chauds de Rio

« Favelado » : le reportage d'Alexis Pazoumian sur les quartiers chauds de Rio

C'est l'histoire d'un étudiant français parti au Brésil pour y terminer son cursus. Alexis Pazoumian est rentré au pays avec un reportage photo et un documentaire intense sur les favelas de la capitale carioca, dans son sac à dos. En immersion dans les quartiers chauds au moment du processus de « pacification » - lorsque la police est venue déloger les trafiquants de drogue - le photographe est allé à la rencontre des habitants. Et il a eu une révélation.

Update : la dernière série du photographe, intitulée Easy Rider où il s'est intéressé à l'atmosphère de la nuit au Vietnam.

Comment est né ce projet autour des favelas ?
Je suis parti à Rio dans le cadre de mes études, sans avoir prévu d'y faire un reportage. Le fait d'y vivre et de réaliser ce projet m'a permis de comprendre à quel point l'image que nous nous faisons des favelas est fausse : la favela n'est pas un bidonville, c'est un véritable village, avec ses commerces, ses écoles et ses églises. La plupart des gens y sont heureux et souhaitent y rester.

A quel moment a eu lieu le déclic ?
Ce n’est qu’au bout de deux mois, après avoir appris quelques rudiments de portugais ainsi que les langages et les codes élémentaires de la favéla, que mon reportage photo a pu commencer. J'ai décidé de le réaliser dans cinq favelas du sud de Rio de Janeiro : Vidigal, Rocinha, Chapeu Mangueira, Cantagalo et la fameuse Cité de Dieu. Mon objectif était assez simple : offrir un point de vue objectif sur la population des favelas, en la saisissant par la photographie, dans son environnement quotidien. Pour ce faire, il fallait habiter la favela, franchir les frontières géographiques et mentales, dépasser les préjugés.

Que voulais-tu montrer ?
Mon objectif était assez simple, offrir un point de vue objectif sur la population des favelas, en la saisissant, le plus possible, dans son environnement quotidien. Faire sortir les habitants des favelas de l’anonymat et de l’indifférence, montrer que ces bidonvilles ne se résument pas qu’à la violence et aux trafics de drogue.

Avais-tu conscience de la portée politique de ton travail, deux avant la coupe du Monde ?
Oui, car la favela dans laquelle je travaillais en tant que bénévole pour une ONG, venait d'être pacifiée. L'atmosphère a Rio était alors particulière. La ville commençait a se transformer. Cependant, je ne me doutais pas que l'Etat serait à ce point intransigeant avec les habitants des quartiers pauvres et de l'ampleur du « nettoyage ».


« La plupart des gens sont heureux dans les favelas et souhaitent y rester. »

Quel est ton mode opératoire ?
J'ai commencé la photo à 20 ans en empruntant l'argentique de mon père, lors d'un voyage en Jordanie. Tout de suite j'ai pris énormément de plaisir : la photo est un médium extraordinaire pour rencontrer des gens. L'argentique, c'est parfait pour commencer, mais pas forcément adapté à mes travaux de reportages : j’ai donc investi rapidement dans un appareil photo numérique, qui me permet de shooter 500 photos dans une journée. Mais j’emporte toujours mon argentique en voyage.

Qu'as tu appris du fonctionnement des favelas ?
C'est un village avec son fonctionnement propre. C’est une organisation qui n’a rien à envier aux mégalopoles brésiliennes, impersonnelles et dangereuses. Dans les quartiers, j’ai d’abord retrouvé les différences entre les classes sociales. Mais de façon surprenante, les gens vivent en harmonie. Les habitats sont aménagés simplement, en fonction des moyens de chacun. A l’extérieur, les cariocas sont tellement fiers d’appartenir au même village qu’ils ne abandonneraient pour rien au monde. Contrairement aux mentalités occidentales des grandes villes, la pauvreté n’est pas perçue comme une misère. Il suffit de s’y rendre pour se défaire de cette idée que les habitants des favelas ne cherchent qu’à « survivre » à leur pauvreté, qu’ils ne rêvent que d’Amérique. En réalité, et contre toute attente, les gens y sont heureux.

Que conserves-tu de cette expérience ?
Lorsque je voyage, je suis intéressé avant tout par le contact avec les gens : on comprend un pays et une culture à travers sa population. Chaque rencontre est unique, et certaines photos sont spontanées, car la surprise est permanente.

Plus d'images sur le site du photographe : alexispazoumian.com

Le documentaire

Le portfolio

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