Rayon frais

Photo

par Street Tease Mag

“Cette photo aurait pu être la dernière de ma vie, nous sommes le vendredi 13 novembre 2015. Il est 20h21.”

“Cette photo aurait pu être la dernière de ma vie, nous sommes le vendredi 13 novembre 2015. Il est 20h21.”

On connaît tous de près ou de loin des victimes de ce vendredi 13 novembre 2015 cauchemardesque. Certains êtres chers ont perdu la vie, d'autres s'en sont sortis miraculeusement et sont marqués pour toujours. C'est le cas de Damien R., un photographe limougeaud qui réside à Paris et qui assistait au concert des Eagles of Death Metal. Il nous a autorisé à publier in extenso un texte, après avoir trouvé la force et le courage de l'écrire sur son profil Facebook, hier soir.

« Cette photo aurait pu être la dernière de ma vie, nous sommes le vendredi 13 novembre 2015 il est 20h21.
J’ai passé une grande partie de l’après-midi en rééducation à travailler sur mon genou opéré il y a quelques semaines. Je suis rentré chez moi rejoindre ma chérie, nous nous sommes préparés et tranquillement nous avons rejoins le métro pour nous rendre au concert des Eagles Of Death Metal.
Je sors mon téléphone, j’ai hâte d’être à l’intérieur, je capture l’enseigne du Bataclan, c’est la première fois que j’assiste à un concert dans cette salle.
Il est aux alentours 21h40, le concert à commencé vers 21h, le groupe vient d’entamer le titre « Kiss the Devil », c’est la fête, les gens dansent, la scène est peu éclairée, nous passons un agréable concert.
Subitement, tout bascule, des détonations retentissent dans le Bataclan, je me retourne, je me situe du coté gauche de la salle à environs 8 mètres de la scène. Je crois à de gros pétards, en me disant, quel malin s‘amuse à ça? Cela fait-il partie du show? Je ne comprends pas, mon regard scrute l’entrée qui se situe dans le coin opposé, je ne vois rien.
Je retourne la tête vers la scène, les musiciens ont disparus, les détonations repartent de plus belles, immédiatement je me retourne vers l’entrée, j’aperçois 3 hommes armés de fusils d’assault, ils tirent sur la foule. Je ne bouge pas je suis figé, c’est irréel, je ne comprends pas ce qui se déroule sous mes yeux…
Les spectateurs se mettent à hurler, ils se jettent au sol, les lumières de la salle s’allument, les corps tombent les uns sur les autres et forment comme une vague qui se dirige vers moi, c'est le chaos, mon regard ne peut se détacher des assaillants, ma copine m’attrape par le bras et me tire au sol, les balles sifflent au dessus de nous.
Nous sommes là, allongés par terre dans la fosse, j’essaye de recouvrir Anne-Sophie de tout mon corps, à cet instant plus qu’une seule chose ne compte : la protéger. Les rafales se succèdent, c’est presque un flot continu. Je suis incapable de dire combien de temps nous sommes restés au sol, secondes? minutes? impossible, je m’attends à être transpercé de part en part à chaque instant… Puis un mouvement de foule se déclenche, l’issue de secours située à gauche de la scène vient de s’ouvrir, les personnes autour de nous tentent de s’engouffrer, nous ne sommes pas loin il faut y aller, je me relève pour qu’Anne-Sophie puisse le faire à son tour, elle fait à peine 2 mètres, c’est la cohue, elle tombe dans la bousculade, elle est coincée. Les rafales n’ont pas cessé, c'est assourdissant, impossible de savoir si les terroristes tirent vers nous. Je l’attrape pour l’arracher du sol et des corps qui la coincent, une douleur traverse mon genou gauche tel un éclair, ce n’est pas une balle, l’opération est trop récente je ne peux forcer sur ma jambe.
Anne-Sophie est debout je la pousse de toutes mes forces vers la sortie je reste derrière elle pour la protéger… nous dévalons les quelques marches, pendant que d'autres tombent autour de nous, nous sommes dehors, vivants. »