Rayon frais

Photo

par @FrancoisChe

Nicolas Gavino commente quelques photos de son nouveau livre et c'est simplement beau

Nicolas Gavino commente quelques photos de son nouveau livre et c'est simplement beau

Le photographe bordelais publie ces jour-ci un ouvrage intitulé « Nocturne ». Si cette série à la beauté suggestive confirme son intérêt pour les clichés supposés « ratés » ou les accidents, Nicolas Gavino dévoile une facette inattendue dans son travail. « Des photos de nu [presque surréalistes] pour exprimer autre chose que la sexualité » dit-il.

Voici une photographie de Fanny que j'ai rencontré à Auchan. Je l'ai attendu à la sortie des caisses pour aller lui parler. Fanny aime la mode et Kandinsky. J'adore aller dans sa résidence étudiante, tu sais cette ambiance avec des murs en crépi et un lit une place. Un après-midi pendant que je lui caressais la main, elle reproduisait exactement le même geste mais en « caressant » son fil d'actualité Facebook... Ce moment poétique en dit long sur notre temps. J'avais même fait une vidéo avec mon téléphone.

Sarah est une personne calme, ça la rend très charismatique. A chaque fois que je lui rendais visite elle me recevait pieds nus avec cette robe noir qui lui servait plus ou moins de pyjama. Cette photo la représente bien je trouve. Sur la gauche, on peut voir un morceau de son bureau Ikea puis à droite, le fil de la lampe. J'adore conserver ce genre d'accidents, je trouve ça plus honnête. C'est la belle photo ratée qui m'intéresse.

Ce cliché de Maï est une erreur, au départ je voulais prendre son pied sans grande conviction. Mais au développement le résultat m'a surpris. On dirait une sorte de morphing, une architecture. Après cet épisode, j'ai commencé à réaliser des images plus surréalistes. A faire des photos de nu pour exprimer autre chose que la sexualité, ça me semble plus intéressant aujourd'hui.

Là, c'est encore chez Fanny avec son poster de Kandinsky. Après un dimanche pluvieux, l'idée de faire un baiser vertical a germé. J'ai scotché mon appareil sur son étagère en guise de trépied afin de pouvoir enclencher le retardateur. Mais 10 secondes de retardement pour faire le poirier et s'embrasser, c'est court ! La cinquième tentative fut la bonne. Cette photo a une valeur très sentimentale, car elle marque une belle et longue période d'insouciance.

J’ai récemment découvert « les peuples de l’Omo » en Ethiopie. Ce sont des tribus qui se maquillent, se coiffent, se parent de toutes sortes d’ornements végétaux, c’est absolument grandiose. Leur vision du monde et du corps m’a complètement fasciné. Alors je suis allé couper une feuille du palmier qui se trouve juste en bas de chez moi. Puis avec deux amies on a testé des poses pour arriver à cet espèce de dieu arachnide, complètement fou. L'idée de construire à partir de rien me plait beaucoup.

Mélissa et Marie sont amies dans la vie, elles venaient souvent faire des photos chez moi. Après la fin de leur partiel, on a improvisé un goûter à la maison. La fin des cours, le début de l'été les rendaient folles de joie. Elles ont commencé à faire des figures ridicules que l'on nous apprenait en cours d'EPS : le pont, la bougie... Puis il s'est passé ça. J'avais l'impression d'avoir 14 ans.

J'ai imaginé cette scène une nuit, On l'a réalisé dans ma petite salle de bain, la pauvre modèle a bien failli mourir de froid en restant statique sous ce drap humide. Mais c' était magnifique, je me suis cru dans une peinture de Jacques-Louis David. Avec le temps, je commence à comprendre que mon attirance pour les scènes tombantes comme les cheveux, les corps abandonnés, les rideaux… vient de ma culture occidentale qui est principalement fondée sur la tragédie. Je vois une grande profondeur dans la dramaturgie.

Pour se procurer Nocturne, le dernier ouvrage de Nicolas Gavino, veuillez cliquer sur le lien suivant.


Propos recueillis par François Chevalier