Rayon frais

Sport

par @FrancoisChe

Ce jour où Tim Duncan a détesté le basket FIBA

Ce jour où Tim Duncan a détesté le basket FIBA

La légende des Spurs, qui a pris sa retraite le 11 juillet dernier, n'a gagné aucun titre significatif avec Team USA. Un vrai paradoxe quand on sait que Tim Duncan avait toutes les qualités pour démolir ses adversaires dans un contexte FIBA. Blessé pour les JO de Sydney, le futur Hall of Famer va vivre un cauchemar à Athènes face à l'Argentine du diabolique Manu Ginobili. Son célèbre « FIBA sucks » est dans toutes les mémoires des fans de basket international.

Tim Duncan a été un joueur fantastique, incontestablement le plus grand power forward de l'histoire de la NBA. Son tir à 45 degrés avec la planche est un modèle du genre. Encadrez-le au-dessus de votre cheminée. Sa régularité au plus haut niveau sous le maillot des Spurs force le respect. Il a révolutionné le jeu à son poste en se concentrant sur l'essentiel : les fondamentaux. Le shoot, le rebond, la passe, les appuis, le placement et le contre. Tout en gommant le superflu.
Mais c'est plus fort que moi : à l'approche de Rio, sa retraite récente me renvoie également à sa courte carrière internationale. Et c'est sans doute la seule « ombre au tableau » dans le palmarès 2XL de Timmy D. Quintuple champion NBA, double MVP de la saison régulière, triple MVP des Finals… Nul doute que le « Big fundamental » aura de belles histoires à raconter à ses petits enfants au coin du feu.

Séisme de magnitude 7 sur la planète FIBA

Néanmoins, au niveau international, on constate que le franchise player des Spurs n'a glané qu'une modeste breloque en bronze aux JO d'Athènes en 2004. On va pas se mentir : un titre de champion des Amériques (2003), ça compte pour du beurre. C'est faiblard pour un athlète de son envergure. Et ça, ma mémoire (sélective) d'Européen amoureux du basket FIBA ne peut l'oublier, au moment d'analyser l'immense carrière de Timmy D. Pourtant, celui dont on a toujours vanté la technique irréprochable et l'intelligence de jeu avait toutes les qualités pour devenir l'arme fatale de Team USA. Mais le destin en a décidé autrement. La faute à un tournoi olympique chaotique. Retour sur l'un des plus grands fiascos de l'histoire du basket américain, à quelques heures de l'ouverture des Jeux de Rio.

Au début des années 2000, la géopolitique du basket mondial est bouleversée. Les Américains qui dominent le ballon orange depuis toujours vont subir trois échecs successifs retentissants (CM 2002 - JO 2004 - CM 2006). A Athènes, la sélection US se présente les mains dans les poches avec une équipe qui doit logiquement permettre de laver l'affront d'Indianapolis (6e place, à domicile). Dream Tim, Allen Iverson, Stephon Marbury, Lebron James, Carmelo Anthony, Dwyane Wade, Shawn Marion, Amar'e Stoudemire, Lamar Odom… Sur le papier, le squad 100% NBA drivé par Larry Brown a fière allure. Mais en coulisses la guerre des égos fait rage et deux défaites en phase de poule contre le Porto-Rico d'un Carlos Arroyo survolté (- 19 au compteur !) et la Lituanie d'un Sarunas Jasikevicius au sommet de son art affectent le moral des troupes.


Athènes 2004 : deux superstars pour un naufrage.

Ce groupe mal construit et peu expérimenté des joutes internationales peine à s'adapter aux règles FIBA. Pire : Team USA est en panne d'adresse, outil indispensable pour déjouer les défenses de zone. Le manque de solidarité et de cohésion collective n'arrangent rien. Il est loin le temps où Arturas Karnishovas prenait des photos de la (vraie) Dream Team avec un appareil jetable au bord du terrain. Dans ce marasme, et hormis quelques fulgurances comme ce tomar gargantuesque sur la tronche de Bogut, Tim Duncan, habituellement si dominateur, patauge comme jamais. Après avoir battu difficilement l'Espagne en 1/4 de finale, les coéquipiers de Timmy D — qui se demande ce qu'il fait dans cette galère — doivent affronter l'Albiceleste du génial Manu Ginobili.

L'harmonisation des règles : un cache misère

La « génération dorée » argentine (Nocioni, Scola, Sanchez, Hermann, Delfino, Sconochini, Oberto…) pratique alors un basket de rêve : fascinante sur les backdoors, le passing game et le pick and roll, adroite à longue distance, solide près du cercle… En plus d'un QI basket supérieur à la moyenne, la qualité première des hommes de Ruben Magnano se situe en dessous de la ceinture : les corones. Ces mecs n'ont peur de rien, pas même d'affronter les Américains en défense individuelle. Bad karma pour Duncan, l'Argentine donne une leçon à Team USA et l'écart final au tableau d'affichage traduit mal la domination des « gauchos » qui filent vers la médaille d'or. L'irrésistible Gino réalise le match parfait quand le pivot américain, dégouté, est cloué au banc avec des problèmes de fautes (6 points, 8 rebonds en 24 minutes). Une action symbolise le cauchemar des yankees : à quelques secondes du buzzer, Luis Scola posterise Richad jefferson d'un facial monstrueux et remonte le terrain en formant un cœur avec ses doigts. « Exclamation point ! » braille Doug Collins, consultant sur NBC.

Après la déroute, Duncan active le mode Lionel Jospin et estime à 95% les chances qu'il mette un terme à sa carrière internationale — ce qu'il fera après le match pour la médaille de bronze. En rogne contre l'arbitrage et un tantinet mauvais perdant, le numéro 21 des Spurs lâche son légendaire « FIBA sucks » au micro d'un journaliste. L'harmonisation des règles, une excuse en forme de cache misère pour une sélection humiliée. Tim Duncan ne foulera plus jamais un parquet FIBA. Il se consolera l'été suivant en remportant de nouveau le trophée Larry O'Brien en compagnie de son pote… un certain Manu Ginobili.

Tous les matchs de Team USA au tournoi olympique d'Athènes : voir la playlist YouTube


Texte par François Chevalier