Rayon frais

Sport

par @FrancoisChe

Le meilleur joueur de l'histoire du basket international est Brésilien

Le meilleur joueur de l'histoire du basket international est Brésilien

Méconnu des fans de NBA, Oscar Schmidt est considéré comme le plus grand basketteur n'ayant jamais foulé les parquets de la grande ligue pro nord-américaine. Sur un air de samba, retour sur la carrière exceptionnelle d'un serial shooteur abonné aux orgies offensives.

Les Jeux Olympiques de 2016 se déroulent à Rio et un homme aurait donné son poignet droit pour y participer : il s'appelle Oscar Schmidt. Le Brésilien né en 1958 à Natal, dans le Nordeste, est considéré à juste titre comme le meilleur joueur n'ayant jamais foulé un parquet NBA. Un grand malade du tir qui a exporté sa science du shoot sur quatre continents, entre 1977 et 2003. Durant 26 saisons chez les pros, les yeux rivés vers le cercle, celui que l'on surnomme « Mão Santa » (La main sainte) au pays du football a passé son temps à empiler les records dans le Guinness Book.

Le Pelé du basket

Le plus vertigineux étant son total de points en carrière, le plus élevé de toute l'histoire du basket FIBA : 49 703. Non, vous ne rêvez pas. En 2003, Schmidt, qui pris sa retraite à 45 ans sous les couleurs du club carioca de Flamengo, a effacé des tablettes la marque réputée intouchable de Kareem Abdul-Jabbar (38 387 points, uniquement en NBA). Le Pelé du ballon orange a inscrit plus de paniers que Reggie Miller et Larry Bird réunis. Lors de son émouvant discours d'intronisation au Hall of Fame, Oscar Schmidt ne manqua pas de rendre un hommage appuyé à la légende des Celtics : « C'est trop facile d'avoir Michael Jordan ou Kobe Bryant pour idole. Ces mecs volent et font ce qu'il veulent dans les airs. Mon idole ne court pas et ne saute pas mais il joue au basket mieux que quiconque sur cette planète » A l'instar de Bird, Oscar Schmidt pratiquait un basket plutôt académique, au sol.

Moins polyvalent, l'ailier de 2,05 m était avant tout une redoutable scoring machine qui dégainait plus vite que son ombre. Avec lui, ses coéquipiers ne revoyaient jamais le ballon. Le secret se son insolente réussite ? Une confiance inébranlable et une hygiène de vie irréprochable, sans alcool ni tabac. Dès l'adolescence, il s'inflige des séances de 1000 shoots réussis pas jour dans tous les recoins du terrain.


Attention chérie, ça va shooter.

Sa mécanique de tir imparable fait rapidement des ravages dans le championnat brésilien. En 1982, Schmidt s'envole pour l'Italie où il dispute huit saisons mémorables à la Juventus de Caserte et remporte 7 fois (!) le titre de meilleur marqueur de Série A. En Europe, « The Mighty O » a droit à des prises à deux systématiques, ce qui renforce son mental de gagneur. Son duel homérique contre le Real Madrid de Drazen Petrovic (62 points) en finale de la Coupe des Coupes 1989 totalise quelques milliers de vues sur YouTube. Dans le même temps, l'homme qui a hérité de la fibre patriotique par son père engagé dans la marine nationale devient accro au maillot brésilien. Schmidt ne manquerait pour rien au monde un match de la seleção. Cet attachement au maillot auriverde va faire de lui une légende du basket FIBA. Il participera à 5 olympiades (record codétenu avec Andrew Gaze) pour y inscrire 1 093 points (personne n'a fait mieux) dont 55 (encore un record) contre l'Espagne en 1988. Le plus hallucinant étant sa moyenne de points à Séoul : 42,3 ! A Barcelone, il en plante encore près de 25 par match.

Une certaine idée du romantisme

Mais l'accomplissement dont Oscar Schmidt est le plus fier est une victoire historique contre Team USA aux Jeux Panaméricains d'Indianapolis en 1987. Ce jour-là, le Brésil était invincible, mis sur orbite par les 46 unités de son shooteur fou. Les futurs NBAers David Robinson, Danny Manning et Rex Capman ne purent que constater les dégâts. Touché par la grâce, « Mão Santa » s'effondre en larmes à la fin du match. Et pour cause, les brasileiros ont mis un terme à une série de 34 victoires d'affilée.

Comment un tel pistolero a-t-il pu échapper aux radars de la NBA ? Pour Kobe Bryant, dont le père Joe « Jelly Bean » affronta Schmidt plusieurs fois en Lega, « il n'y a pas de débat, il aurait été l'un des plus grands en NBA » confie l'ex-star des Lakers à Grantland. Drafté en 1984 par les New Jersey Nets, le serial shooteur brésilien se voit proposer un modeste contrat non garanti, indigne de son statut d'icône du basket FIBA. Après la Summer League qu'il dispute avec son pote Hervé Dubuisson, le premier Français à tenter sa chance au royaume des pros, Schmidt refuse gentiment l'offre. Il ne posera jamais un orteil sur les parquets de la grande ligue nord-américaine. Le contexte de l'époque n'était pas favorable aux joueurs internationaux. Les pionniers Drazen Petrovic, Vlade Divac, Sarunas Marciulionis, Arvydas Sabonis… ne s'étaient pas encore imposés outre-Atlantique. Finalement, ce rendez-vous manqué ne fait que renforcer la légende du « greatest player to have never played in the NBA ». Oscar Schmidt peut savourer des cocktails (sans alcool) sereinement sur la plage de Copacabana : son nom est solidement gravé dans les livres d'histoire.

A lire : la story de Grantland sur Oscar Schmidt

Les principaux records d'Oscar Schmidt

49 703 points marqués en 26 saisons pros
7 693 points en équipe nationale
1 093 points inscrits en 5 participations aux JO
42,3 points de moyenne aux JO de Séoul, en 1988
55 points sur un match contre l'Espagne aux JO de Séoul

Texte par François Chevalier