Rayon frais

Sport

par @FrancoisChe

Ces mags de skate français disparus dans les années 70

Ces mags de skate français disparus dans les années 70

A la fin des années 70, plusieurs revues spécialisées voient le jour et accompagnent un engouement sans précédent pour la planche à roulettes en France. Souvenir de cet été magique où le skate est entré dans la culture populaire.

Dans l'inconscient collectif, la planche à roulettes est synonyme de contre-culture. Il est vrai que le manque d'infrastructures a laissé le champ libre à la pratique du street qui a explosé au milieu des années 1980. L'identité contemporaine du skate à la française s'est largement imprégnée de cette époque où les riders se sont réappropriés l'espace urbain, à la recherche des plans inclinés et des tubes de béton. En filigrane, le skateur est un « rebelle » qui explore la ville, lassé d'attendre que la municipalité lui offre (enfin) un terrain de jeu pour s'exprimer.

Quand le skate entre dans la culture populaire

Mais les témoignages des pionniers du skate français semblent nuancer cette histoire cousue de fil blanc. A l'été 1977, aussi improbable que cela puisse paraître, le skateboard a été le sport « à la mode » en France. Des milliers de pratiquants s'essayent à la figure libre dans un style proche du surf, notamment au Trocadéro, qui devient rapidement la Mecque du skate. Deux skateparks gigantesques sont construits à la Villette sur le chantier abandonné des abattoirs et à Issy-les-Moulineaux où le bien nommé Béton Hurlant voit le jour. Chaque week-end, les skateurs profitent de ces équipements de haut niveau inspirés des parks californiens.

“C’était exceptionnel, une telle ferveur ne se reproduira plus jamais.”

Preuve que la discipline fait son entrée dans la culture populaire, Sylvie Vartan est désignée marraine de Béton Hurlant. A l'inauguration, le 3 juin 1978, les vedettes de l'époque font le déplacement : Isabelle Huppert, Dani et même Patrick Topaloff, auteur du succulent 45 tours Les rois du skateboard. Sur un air de surf music, le chanteur de variet' rend hommage à Thierry Dupin, premier skateur pro sponsorisé par Banzaï, une marque de boards made in France. Le pionnier, qui avait 18 ans en 1978, se souvient de cette époque bénie : « C’était exceptionnel, une telle ferveur ne se reproduira plus jamais. Il faut se rendre compte. A l'époque, j’ai participé à l’émission La Tête et les Jambes pour battre des records. Ce jeu télévisé grand public diffusé sur Antenne 2 était présenté par Philippe Gildas et Thierry Roland. Il n’y avait que trois chaînes… Et puis le show business s’en est mêlé. Jean-Paul Belmondo m'a même demandé de lui donner des cours ! »

5 mags de skate en moins de 6 mois

Dans le même temps, cinq revues spécialisées voient le jour en moins de 6 mois et accompagnent cet engouement sans précédent : elles ont pour nom Skate Magazine, Skate France International, Skateboard Magazine, Skatin', Surf Skate Magazine… En couverture, entre les typos flashy, on retrouve logiquement les stars de l'époque (Ty Page, Tony Alva…), des reportages sur les premiers championnats de France, des goodies (stickers, posters…) et des sujets de fond (« Que faire en cas d'accident ? », « Comment vous assurer ? »…). Malheureusement, l'embellie sera de courte durée. Faute d'équipements — un mal récurrent dans l'histoire du skate français — et face à la multiplication des accidents, les gamins se tournent vers des sports plus accessibles. Une fois l'effet de mode terminé, ces titres de presse vont disparaître avant 1980 et la culture skate retombe dans l'anonymat. Il faudra attendre l'éclosion du street dans les années 80 pour que la planche à roulettes renaisse sous une autre forme.

A lire : Endless Lines, le site de Claude Queyrel, historien du skate français.


Texte par François Chevalier