Rayon frais

Sport

par Flamen Keuj

J’ai assisté au couronnement de Luka Doncic, le petit prince du basket européen

J’ai assisté au couronnement de Luka Doncic, le petit prince du basket européen

Jeudi dernier à Madrid, les deux ténors du basket espagnol s'affrontaient lors d'un match Real vs Barça comptant pour l'Euroleague, le top niveau continental. Et le prodige slovène de 18 ans (!) a une nouvelle fois démontré qu'il n'avait aucun respect pour le clasico en signant une partition monstre. Bilan du meneur madrilène : une série de tirs from downtown, du caviar à la louche, et des actions géniales qui ont fait le tour du monde. Notre envoyé spécial a assisté au couronnement de Luka Doncic. Il raconte.

Le regard qui en dit tant. Les mains sur la tête. Les madre mía sur les lèvres. On joue la dernière seconde du troisième quart temps du clasico jeudi dernier à Madrid. Les 15 000 spectateurs du WinZik center viennent de se lever comme un seul homme. Une habitude depuis que Luka Doncic illumine chaque rencontre du Real. D’une prière envoyée de sa propre raquette, le prodige slovène vient de sonner la fin définitive de la messe. Après avoir résisté une mi-temps, le navire catalan coule en encaissant un 28-14 rédhibitoire. 



Le kid de Ljubljana

Le premier responsable de ce naufrage n’a que 18 ans — Doncic est né le 28 février 1999 à Ljubljana — et son emprise sur le jeu est tout bonnement ahurissante. Doncic est unique et on le constate dès la routine d’avant match. C’est d’abord le seul joueur à garder son haut de survêtement pendant toute la durée de l’échauffement, en blanc de la tête aux pieds. Ensuite sa décontraction tranche avec la concentration de pas mal de ses coéquipiers, qui ont le visage fermé. Là où Fabien Causeur — l'international français du Real — met de l’application sur ses tirs drop et le taulier Felipe Reyes de l’intensité sur ses dunks, le jeune meneur enchaine les 3 points, avec insouciance mais sans distance. En s’approchant du cercle, il lâche quelques rainbow shot à la cuillère qui finissent fond de cercle une fois sur deux. La comparaison avec Stephen Curry est inévitable, quand le génie dépasse la simple adresse.

RIP Victor Claver

Un génie sur le banc au coup d’envoi qui termine avec le second plus gros temps de jeu de son équipe. Sorte de sixième homme de luxe donc, façon Manu Ginobili ou Jamal Crawford, la constance en plus. Le match tardait à décoller jusqu’à son entrée, qu’il effectue en remettant son short sous les fesses comme un banal ado. Avec la maturité qui le caractérise, le kid a laissé le match venir à lui, commençant par servir Reyes dans un bon passage. Par cette fameuse passe plein axe sur pick and roll, effectuée comme une touche de football après la petite feinte du regard vers le coéquipier posté au large. Poke Laurent Sciarra pour les anciens. Puis rapidement est venu le moment de faire monter la température avec deux réussites longue distance. Et notamment celle sur la remontée de balle suivant l’énorme planche de Fabien Causeur sur Adam Hanga. L’ailier Hongrois qui s’est essayé en défense sur le Doncic. Sans réussite, comme tous ses coéquipiers. Malgré une grosse pression à la limite de la faute sur ses montées de balle, le meneur slovène installe le jeu comme s’il évoluait le dimanche matin, en championnat départemental. Au niveau de la ligne des 6,25m, la menace est constante. Step back face avec un petit dans ses appuis ou stop shoot sur un grand après changement, le répertoire est complet et maitrisé avec une aisance folle. Certains trouveraient à redire sur sa longueur et son côté faux lent qui intrigue parfois… Doncic répond en contre-attaque avec une esquive en l’air pour éviter le contre avec de conclure sur le carreau.

Une première mi-temps de haute volée donc, mais finalement presque passée inaperçue. La faute aux deux highlights qui ont tant fait parler. D’abord ce shoot au buzzer depuis son propre camp puis une série de dribbles assassins sur le pauvre Victor Claver. De quoi faire à nouveau bondir une enceinte peu réputée pour son enthousiasme débordant. Excepté un petit kop derrière l’un des panneaux et quelques cadres qui s’énervent sur l’arbitre, on est en effet bien loin des ambiances turques, grecques ou serbes. Mention spéciale cependant aux quelques grands-mères célébrant le 99ème clasico de Juan Carlos Navarro par des « puta madre » dès que la légende blaugrana provoque une faute.

Outre ces deux actions de génie pur, on a pas souvenir d'une domination aussi précoce à ce niveau de compétition. Luka Doncic, comme Drazen Petrovic 30 ans avant lui, semble être l'élu. Ce joueur si spécial qui transforme en or tout ce qu'il touche. Déjà sacré champion d'Europe avec son pays en septembre, le Slovène se dirige tout droit vers le top 3 de la draft 2018. On ne voit pas bien ce qui pourrait l'empêcher d'être sélectionné en 1ère position. Entre temps, et avant de faire le grand saut vers la NBA, le meneur de Real pourrait bien ajouter quelques lignes à son palmarès. Rendez-vous dans la bouillante Kombank arena de Belgrade pour le final four de l'Euroleague en mai prochain.

Texte par Flamen Keuj