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OY : Memories, Rhymes & Beats

Salle sombre et atmosphère intime, OY aka Joy Frempong, nous raconte ses souvenirs d’enfant bercés par le rêve et les délires, des mots d’adultes lancés aussi naturellement que le ferait un kid.
On se retrouve face à des comptines crues et innocentes, posées avec une voix jazzy plutôt incroyable, sur une musique entre jazz, electro, beats hip-hop, et sons mystiques. Tout ce que l’on écoute, elle le fait en live. Ses scats, ses beats sont samplés, elle dispose d’un set-up d’instruments ludiques, avec lesquels elle joue ses mélodies groovy, hyper bien foutues. Tout un monde repose sur ses épaules, et elle nous le fait partager avec aisance, trick plutôt difficile quand on est seule sur scène. Ce premier projet solo, c’est un peu comme si elle avait jeté toutes ses bases d’éducation musicale pour réutiliser cordes vocales, synthés et instruments variés à sa sauce.
Frais mélange qui nous donne donc un vrai beau sourire, et qu’on retrouve sur son premier album First Box Then Walk. 26 tracks, 26 expériences musicales originales, 26 comptines qui parlent de baleine qui embrasse la planète, de sorcière des chiottes, de fille cochonne, d’animaux bizarres, de dérives imaginatives d’enfants… Normal quoi, des souvenirs d’une jeune fille entre la Ghana et la Suisse….

Street Tease :Ça t’as pris pas mal de temps de produire ce premier album solo, à cause de tous les autres projets sur lesquels tu bosses, ça te fait quoi qu'il soit enfin dans les bacs ?
OY :Ça fait vraiment du bien et finalement, ça me parait complètement naturel. C’est comme ma base musicale maintenant sur laquelle je peux me reposer. Avec les autres groupes, je gère une partie, les autres membres gèrent la leur ; il faut pouvoir apprécier leur travail et faire confiance. Là, je m’occupe de tout et j’aime vraiment ça. C’est très personnel et pas simple de se produire seule sur scène. Mais ça fait tellement longtemps que je suis dessus, c’est soulageant que cet album soit finalement sorti et de pouvoir le jouer live. Je ne savais pas vraiment où ça allait m’amener au final, il y a eu tellement d’imprévus pendant la conception du projet, j’ai finalement vraiment apprécié le fait de l’avoir mûri petit à petit, autant en moi que pendant la production.
Te sens-tu prête pour le SXSW et les concerts qui t’attendent aux US ?
Ben, j’ai pas vraiment le choix, il vaut mieux que je le sois. Je pense que mon processus d’aboutissement pour ce projet n’est pas totalement terminé, j’ai toujours l’impression que la version live a besoin d’être enrichie. J’ai encore du temps pour travailler là-dessus, mais c’est long comme process. Je serais aussi certainement encore à un autre niveau après avoir joué autant de shows aux US. Mais ça va, j’ai quand même eu quelques expériences live de ce projet, des difficiles aussi, donc je n’ai pas vraiment de craintes.
En fait, tu as déjà joué avec pas mal de groupes comme Filewile ou Infinite Livez, tu a bossé sur différents projets, en plus du tien ?
J’ai commencé à jouer régulièrement en live avec des groupes vers 2004-2005. Avant ça, j’ai fait pas mal de choses à droite, à gauche, des lives, des sessions, des collaborations avec des groupes qui sont morts depuis…

"Peut-être que quand on joue à l’étranger grâce aux fondations ou institutions officielles, ils devraient éviter d’afficher sur place des Emmentals en poster géant ou de servir de la raclette"

Tu tournes toujours avec Filewile ?
Oui, Pro Helvetia nous a invité en Afrique du Sud fin 2009, on a fait 8 concerts, on a joué en Suisse au début de l’année et plusieurs festivals sont planifiés.
Il semble qu’à l’origine tu étais just en featuring sur leur projet, mais maintenant t’es complètement impliquée, non ?
Oui, sur le premier album j’ai seulement chanté sur deux tracks. Ils m’ont invité sur leur tournée, et au fur et à mesure, le bassiste Mago et moi, on est devenu membre du groupe à part entière. J’ai donc beaucoup plus d’espace sur le second album.
Vous représentez tous une scène Suisse plutôt intéressante, évoluant dans un monde fait de beats hip-hop, de glitch, de musique électronique, d’MPC, de saveurs tropicales… Je pense à toi, Dimlite, Filewile, Wildlife, Mercury... Comment vois-tu l’évolution de l’intérieur ?
Je suis assez mauvaise pour ce genre d’analyse ! Je n’essaie pas de faire parti de quoique ce soit mais, c’est clair que ça fait du bien d’avoir de la musique intéressante qui vient d’ici.
Peut-être que quand on joue à l’étranger grâce aux fondations ou institutions officielles, ils devraient éviter d’afficher sur place des Emmentals en poster géant ou de servir de la raclette, comme je l’ai vu très souvent… En général, la scène suisse semble très discrète au sujet de sa musique, alors qu’il y a des artistes qui ont un niveau international, alors j’espère que l’évolution va suivre.
D’ailleurs, ça fait combien de temps que tu vis en Suisse ?
Depuis 1986, mais là ça fait un an que je suis entre la Suisse et Berlin.?
T’es originaire du Ghana, comment tes racines ont influencé ton parcours dans la musique ?
Ma mère est suisse, mon père ghanéen, les premières années de ma vie j’ai vécu là bas, avec quelques parenthèses en Suisse et en Angleterre, donc c’est surement pour ça que je me sens chez moi un peu partout. Pas seulement géographiquement, mais aussi musicalement. Après c’est clair qu’il y a quelque chose dans ma musique qui rappelle les percussions africaines que j’ai beaucoup entendues. J’ai principalement grandi avec de la musique d’église. En Afrique les églises sont très vivantes et les percussions sont indissociables des cérémonies. Il y avait aussi ce mélange d’hymnes anglais et de beats africains, donc forcément ça reste dans ma mémoire.
J’ai aussi fait pas mal de piano classique, c’est un autre element qui influence certainement ce que je fais aujourd’hui.
Quels artistes ou quels genres t’ont amené à produire et chanter ?
Ma passion pour la musique ne vient pas de héros mais comme je l’ai dit avant ça vient vraiment de ce contexte avec l’église où tu chantes beaucoup et finalement tu te rends compte que tu n’es pas mauvaise, et du coup tu commences à partager ça avec des potes. J’ai découvert assez tard ce qu’était vraiment ma musique préférée. A partir du moment où j’ai commencé à acheter moi-même des disques, c’était le début de la musique électronique, les beats et le spoken word. En fait, le premier disque que j’ai eu c’était une compilation que j’écoutais quasi en boucle avec Amiri Baraka, Laika, Soul Coughing, David Byrne...
J’ai eu une période hip hop aussi pendant mon ado, mais pas vraiment poussée. Mais j’ai toujours été passionnée par les grooves et le flow des rappeurs, par l’idée de vouloir véhiculer un message fort. Par contre, j’ai toujours détesté la plupart de leurs attitudes.
Les Last Poets ont été aussi une belle découverte pour moi.
Pour en revenir à ton live, tu m’as vraiment fait penser à tous ces artistes de Williamsburg (Telepathe, MGMT, Shannon Funchess, Bunny Rabbit & Black Cracker) qui ont tous, soit dans leur musique, soit dans leur visuels, une marque de culture voodoo ou d’expériences psychés, y as-tu jeté un œil ou les as-tu déjà rencontré ?
On a justement l’intention de partager des scènes avec Black Cracker quand elle sera en Suisse prochainement. Je l’ai vu en live avec Bunny Rabbit et j’ai vraiment été prise par leur environnement.
Après je ne peux pas vraiment dire que je suis issue d'une scène particulière. Mais j’imagine qu’on regarde plus ou moins dans la même direction. Des fois les connections et les échanges se font, des fois pas, des fois tu ne sais même pas qu’ils existent.
Ton show est en fait ton album refait en live, des samples aux beats, en passant par la voie et les melodies évidemment. Quels sont les instruments et les "friends" qui t’accompagnent ?
Il y a quelques sons pré-enregistrés de temps en temps, mais j’aime le sampling et pouvoir assembler les tracks en live, pour que le show soit aussi visuel.
J’ai des sons sur un sampler, que je produis live aussi avec le melodica par exemple. Puis j’ai quelques jouets, une flute, un boucleur et un laptop qui est connecté à mes chers potes peluches : Jimmy, Alberta, Pat & Zack qui m’aident pour les playbacks.
Pourquoi as-tu choisis le track First Box Then Walk pour nommer ton album ?
C’est une déclaration assez forte. J’aime l’énergie de ce titre, et bien sûr, ça a à voir avec le fait que c’est mon premier album, que je veux le jeter à la gueule du monde ! Attack before defence !
C’est aussi mon histoire préférée, celle de la petite fille qui se pourrait se battre avant de passer le coin de la maison, parce qu’elle a peur.
 
L’album (l’objet) est vraiment spécial. Chaque page illustre un artwork en lien avec un track, qui est décrit en quelques mots. Qui a bossé dessus ? As-tu aussi dirigé ça ?
C’est Irena Germano, une graphiste de Bern et Oiler de Zurich qui ont bossé sur les visuels. A la base, Irena devait bosser dessus toute seule, je lui avais demandé bien avant que les prods ne prennent forme. Puis, elle est venue à un de mes premiers essais live pour OY, en novembre 2008, elle a vu comment je samplais tous les sons et elle a décidé de bosser des artworks qui auraient un rapport avec les chansons crées, en assemblant divers éléments, des objets faits à la main, des éléments de mon enfance et des citations de souvenirs qui ont inspiré ma musique.
On avait parlé de pleins d’idées mais cette idée là, d’un album fait comme un livre d’enfant c’était parfait. Elle a choisi de collaborer avec Oiler pour les illustrations et les travaux de typo. Et finalement, ils ont bossé comme des dingues, ils n’auraient jamais pensé que ce projet les amènerait à autant de travail, mais il n’y avait pas moyen de revenir en arrière !
Je les ai complètement laissé gérer le projet, donc ça a été une belle surprise en voyant le résultat.
Pour finir, à quoi ressemble le futur de OY ?
Je me pose justement cette question. Ce premier projet a été un pas très important et hyper plaisant, c’était indispensable que je le fasse seule. Mais peut-être que le prochain OY sera une collaboration, en même temps il y a aussi les autres groupes avec qui je dois bosser, donc ça ne va pas être pour tout de suite.
 

Auteur : Julie Machin
Photos : Droits Réservés

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