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Alice Dufay X Fulgeance : Beats & Faces

Depuis 4 ans, difficile de passer à côté de cette nouvelle scène hip-hop, oscillant entre musique glitchée, nouvelle approche electro et influences venant de toute sortes d’univers musicaux.
Hommage rendu aujourd’hui à tous ceux qui sont en train de retourner les codes de la scène musicale. Hudson Mohawke, Dimlite, Dorian Concept, 1000names, débruit, Mike Slott, Yosi Horikawa, Peter Digital Orchestra… C’est plus d’une cinquantaine de portraits de beatmakers, DJs et Vjs esquissés par Alice Dufay pour son projet Beats & Faces, lancé en collaboration avec le beatmaker Fulgeance.
Les deux protagonistes ont répondu à nos questions.

Street Tease : Vous êtes au Japon actuellement pour exposer pour la première fois Beats & Faces, premières réactions ?
Alice : Le public japonais s'est montré très curieux, attentif et intéressé lors de cette première exposition.
Comment le projet a-t-il démarré ? Plutôt naturellement au fur et à mesure des portraits que t’as croqué ou y’a-t-il eu une vrai démarche dès le début ?
J'ai commencé à dessiner les proches, Fulgeance, Débruit, 1000names, avec une idée derrière la tête mais rien de vraiment précis. C'est par la suite qu'on a pensé à ce projet avec Pierre (Fulgeance), associer art et musique, mettre en avant cette nouvelle scène.
Comment as-tu procédé pour la création ?
J'utilise deux techniques pour réaliser les portraits Beats & Faces, le dessin et le collage, ensuite je retravaille sur photoshop et illustrator.
Pour les live paintings, je dessine avec des poscas et j'aime bosser avec le papier de soie, les chutes de papiers divers pour travailler la matière, la transparence. De manière générale, je suis plutôt dessin au trait, pointe fine, papier et colle.
Sous quelle forme sortez-vous les illus en dehors des prints exposés ?
Pour les expos au Japon j'ai bossé ces illus avec un autre médium, la vidéo. Elle est projetée sur un mur blanc, une ligne noire crée et forme le portrait puis s'y ajoutent des éléments graphiques en couleurs accentuant l'univers de l'artiste. Par la suite les portraits originaux sont exposés.
Quelles sont les prochaines villes où vous allez exposer ?
La prochaine Beats & Faces est prévue en Allemagne début avril. Il y aura aussi Madrid, Barcelone et Tunis.
Associé à l’expo, y’a-t-il un projet musical en cours avec les artistes esquissés ?
Comme son nom l'indique, le projet Beats & Faces c'est une expo présentant mon travail, un live painting associé à un live de l'un des beatmakers esquissés.
Tu continues à donner des cours d'arts ou te concentres-tu exclusivement sur ton job d’illustratrice ?
J'ai enseigné durant 5 ans et décidé d'y mettre un terme cette année pour me consacrer à mes projets. Je bosse en ce moment pour divers supports, édition, presse, label.
Tu as aussi ouvert la galerie Oh! à Caen, quel est votre créneau, l’illustration essentiellement ?
J'ai ouvert Oh! avec 3 autres illustrateurs et un musicien. Oh! c'est à la fois un petit atelier, une boutique mais surtout une galerie, un lieu d'échange et de rencontres. Chaque mois on met en avant le travail d'un artiste qu'on aime, que ce soit de l'illustration, de la photo, de la vidéo, du dessin, de la musique. Elle y tient une place importante d'ailleurs. Chaque vernissage est accompagné d'un live ou d'un dj set, et aux beaux jours on y organise un festival sur 3 jours.
Tu as sorti ton premier livre Le Temps s’écoule à la Vitesse d’un Escargot en 2008, c’est un résumé illustré de la vie d’Alice en mode déconne ?
Plus ou moins. Je me sers du quotidien, le mien mais aussi celui des autres, et je mets en image et en texte ces situations parfois comiques, cyniques, tout ça avec beaucoup d'autodérision.
Un prochain book est-il prévu ?
Une fausse suite est prévue pour la fin d'année, aux éditions Diantre! et je continue depuis la sortie du premier à mettre chaque jour, ou presque, une note sur le blog de la BD.
Pierre, de ton côté, tu as 3 projets musicaux, Fulgeance, Peter Digital Orchestra et Souleance, vas-y je te laisse présenter chacun d’eux…
Fulgeance : Fulgeance est mon projet le plus intime, projet qui mélange electro et tempos hip hop, cela s’appelle du low club. C’est le projet live avec lequel je m’éclate, à jouer ou à produire. Mes autres projets sont différents. Peter Digital est mon coté plus house, booty, et 4/4 music. Un projet plus showman et provoc qui a toujours existé chez moi, depuis la bonne french touch.
Ensuite, Souleance est un projet plus accessible, même si j’aime pas ce terme.. Souleance c’est moi et Soulist (dj et organisateur des soirées What the Funk ndlr). Inspirés de la black music, nous étions plus partis sur un projet re-edit, bootleg mais tous les tracks sont devenues de réels morceaux, funky et du coup moins prise de tête, une musique pour faire la fête, entre club music et bon mood.
J’imagine que t’as des influences et une culture musicale très variée, en résumé la discothèque à Fufu c’est quoi ?
Beaucoup de musiques électroniques en tous genres, mais aussi un gros paquet de black music, c’est ma base. Ensuite du hip hop en passant par les classiques. Je kiffe bien la house, ça a toujours été latent dans ma tête.
Je pense qu’il faut qu’on en vienne à la satanée question, tu as amené le concept du Low Club pour caractériser ce que fait Fulgeance, et ça identifie assez bien toute cette scène à laquelle on n’arrive pas à donner un nom. Donc pourquoi Low Club ?
Je nomme ce projet sous le style low club, pour faire un pied de nez à ceux qui cherchent trop à classifier ou encore aller trop loin dans la création de nouveaux noms comme bleep, wonky, nu hip hop… Mais tout cela reste du hip hop, et de la musique électronique à la fois. Je viens aussi de la house, qu’elle soit de Chicago, Detroit ou Paris. Donc c’est en cela que Fulgeance est une musique faite autant pour danser que pour hocher la tête. Je n’aime pas trop les live trop ciblés sur des beats compliqués ou trop tordus. J’aime le groove et que quelque chose se passe avec le public en live. Le Low Club est donc une musique dansante à low tempo. Et quand on y réfléchit bien, on aime tous ça je crois.
Tu es quand même à l’opposé de ce qu’a fait principalement la scène électronique française depuis Daft Punk, est-ce qu’il y a quand même des artistes, des tracks ou des albums, qui t’ont marqué ou influencé ?
Je reste un grand fan de Mr Oizo, qui me fascine, tellement il peut faire ce qu’il veut. Mais oui en influences électroniques françaises, je te dirais : Daft Punk, Motorbass, Jackson, Jess & Crabbe, Ark, DJ Falcon, les labels Roulé & Crydamoure, la bonne époque de la French Touch quoi ! Après, niveau hip hop, je n’ai pas tellement eu d’affinité avec la scène française…
Est-ce qu’il y a des MCs avec qui t’aimerais bosser, est-ce qu’il y a des collaborations prévues ?
Sur mon album, Je compte inviter Kadence, MC de Ann Arbor (Michigan) qui a travaillé avec Dabrye, un artiste que j’adore, mais aussi un feat avec Tita Lima, artiste brésilienne que j’ai remixé. Un MC d’Athènes nommé Yinka également. J'ai d’autres idées mais pas encore concrétisée.
Des collabs de productions seront aussi présentées. J’espère produire quelques tracks avec Flako, Dorian Concept, Kelpe ou Architeq. C’est en cours…

Auteur : Julie Machin
Photos : Droits Réservés

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