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Thibaut De Longeville : “Les jeunes des cités étaient les seuls à porter des Air Max Tn”

Réalisateur et sneakerhead averti, Thibaut De Longeville baigne dans la chaussure de sport depuis plus de dix piges et immortalise une culture partie d'un micro-phénomène devenu religion.
Après avoir signé le documentaire sur-validé Just For Kicks - des origines de cette culture à son évolution - le dude s'est attaqué à l'une des pierres fondatrices de la basket : la Air Force One.
Alors que le documentaire (présenté une première fois lors du dernier Nike World Basketball Festival à Paris l'été dernier) sera diffusé ce mercredi sur la chaîne Ofive, le docteur es sneaker est revenu pour nous sur les prémices de ce documentaire bien parti pour être homologué par toute la planète kicks.

Après un documentaire dédié aux prémices de la culture sneakers, pourquoi voulais-tu te focaliser en particulier sur la AF1 ?
Je ne m’imaginais pas faire d’autres films sur l’univers de la sneaker culture après “Just For Kicks”, mais j’ai été victime (consentante) de son succès. à travers les quarante et quelque festivals qui l’ont programmé et les diverses chaînes de TV qui l’ont diffusé, le film a beaucoup voyagé : USA, Europe, Asie, Australie, Afrique, Amérique du Sud, etc.
J’ai reçu beaucoup de demandes pour faire une suite, ou des sujets encore plus détaillés sur des modèles ou des stories particulières. J’ai aussi reçu pas mal de propositions de marques pour développer des histoires avec eux, dont Nike qui m’a proposé de collaborer avec eux sur plusieurs projets, dont ce film dédié à la “Air Force 1”. Au-delà du modèle lui-même, ce qui m’intéressait de traiter c’est le phénomène qui a fait de cette chaussure la plus vendue de l’histoire de Nike, sans aucune publicité depuis son lancement en 1982. C’est un phénomène unique dans l’histoire de cette marque et dans l’histoire des marques de sport, dont les racines sont ancrées dans la street culture et dans des univers qui me passionnent : le design, le basket playground, le rap des années 90 et des années 2000, le street art, les mécanismes de “l’influencer marketing” et, d’une manière générale, la pop culture à l’échellle internationale. Comment ne pas s’y intéresser ?

Ca remonte à quand ta première paire d'AF1 ?
Très tard, en fait. Je n’étais à l’origine pas super fan du modèle. Puis, au début des années 2000, un ancien pote sneakerhead m’a offert ma première paire parce qu’il trouvait intolérable que je n’en aie pas, alors que tout sneakerhead / b-boy qui se respecte se devait selon lui d’en avoir au moins une paire. J’ai bien aimé celle qu’il m’a offert, et j’en ai eu après pas mal d’autres. C’est plutôt drôle que j’ai fini par faire un film sur une paire de chaussures dont je n’étais à l’origine pas très fan !

Quel est ton rapport à cette paire de baskets ?
Ce qui m’intéresse surtout au sujet de ce modèle, c’est son histoire, et ce que cette chaussure symbolise encore aujourd’hui : un cas à part.
Nike est une des plus grandes machines de marketing au monde, si ce n’est la plus grande. Et leur produit le plus vendu est celui sur lequel le moins de publicité et de marketing a été fait. C’est à mon sens assez exceptionnel pour être remarqué, et c’est le point de départ du film : comment cela est-il arrivé ?

As-tu en mémoire une histoire particulière ou une anecdote au sujet de cette paire ?
En consacrant un film entier à une paire de chaussures, j’ai évidemment été amené à recueillir beaucoup d’histoires particulières et d’anecdotes marrantes; mais il m’est également arrivé des anecdotes personnelles assez drôles au sujet du modèle. J’ai essayé de mettre celles que je trouvais les plus intéressantes dans le film.

En plus de Philly, l'AF1 est une paire très liée à la ville de New York. Quelle serait selon toi la paire qui collerait le mieux à Paris ?
Je ne crois pas qu’une paire colle particulièrement à Paris ni à New York. Il y a trop de diversité culturelle dans chacune de ces deux villes pour que tout le monde ait la même paire aux pieds. Heureusement ! De toutes façons ces phénomènes fonctionnement aujourd’hui plus par univers d’appartenance “culturelle” que “régionale”, même si quelques spécificités d’irréductibles subsistent ça et là.
Pendant longtemps, les cailleras et jeunes de cités en France étaient les seuls à porter des Air Max Tn “requin”. On ne voyait ça nulle part ailleurs.
A l’inverse, les hipsters d’aujourd’hui ont la même dégaine et portent les mêmes chaussures qu’ils soient à Williamsburg, à Berlin ou sur le Canal Saint-Martin.
Ce que je trouve personnellement captivant, ce sont les histoires qui peuvent lier un mouvement culturel ou un mouvement identitaire à une paire de chaussures ou un accessoire particulier.
Dans le cas de la Air Force 1, la paire à une histoire très particulière à Philadelphie, à Baltimore, à Harlem et dans le Bronx et dans tout new York, mais aussi à Atlanta, à Los Angeles, au Japon et même en France, même si elle n’y est pas aussi populaire que dans ces autres endroits. D’une manière générale, son histoire est liée à une série de petites histoires et de micro-phénomènes qui ont tous eu un “effet papillon” sur la popularité et le succès du modèle à l’échelle internationale.

Le top 5 ou top 10 de tes AF1 préférées ?
De tête, ce serait :
- AF1 low White-On-White
- AF1 low “Dapper Dan” avec swoosh Louis Vuitton
- AF1 high Stash “Nozzles”
- AF1 low Mister Cartoon “Brown Pride”
- AF1 low Stash / Futura “Friends & Family”
- AF1 low “3M Snake”
- AF1 low “Orca” (Hiroshi Fujiwara)
- AF1 high “Air Mistake”
- AF1 low Kool Bob Love green / beige / blue
- AF1 low Supreme

Après la basket en général, la AF1, la AM1, c'est quoi la prochaine cible au programme ?
Si je devais continuer, les deux films que j’aimerais réaliser seraient un sur la Converse All-Star et un sur la saga Air Jordans, bien sûr. L’histoire de la All-Star est très intéressante et finalement assez peu traitée, et celle des Jordans mérite évidemment un film un peu “définitif”. Ce sont deux très gros sujets de pop culture qui n’ont pour l’instant pas fait l’objet de films documentaires de référence. Même si je ne m’imaginais pas du tout me spécialiser sur ce sujet, j’aime l’idée de créer des collections de contenus, ce qui est évidemment assez approprié à cet univers.
J’ai beaucoup aimé la trilogie des films de Gary Hustwit “Helvetica”, “Objectified” et “Urbanized” qui traitent tous de design d’une manière différente et spécifique, et je suis également un grand fan des films de Loïc Prigent “Signé Chanel”, “Marc Jacobs & Louis Vuitton” et la série “The Day Before” sur les veilles de défilés. Idem, ces films traitent tous de sujets très proches, mais ils sont tous hyper intéressants, et si on en a vu et aimé un, on a tout de suite envie de voir l’autre.
Pour ma part, mes prochains films seront vraisemblablement ancrés dans le monde de la musique, qui reste le sujet qui me passionne le plus.
Après une des choses que j’aime au sujet de la sneaker c’est qu’en développant des histoires différentes autour de cet objet, je visite finalement une assez grande variété d’univers : le design, le sport, la musique, la mode, la publicité et la marketing, la pop culture, les phénomènes de collection, les phénomènes identitaires… qui sont autant de sujets qui me passionnent depuis toujours.
La basket est en tous cas un sujet qui continue de m’intéresser, et je continuerai de faire des films sur ces univers aussi longtemps que ça intéressera les gens !

Le documentaire Air Force One sera diffusé en exclusivité sur la chaîne Ofive le mercredi 23 Janvier à 21h.

Auteur : Mpy Was Here
Photos : Droits Réservés