Revues

Fred Musa : « Avec Tabata Cash, j'avais le rôle de Difool »

Depuis plus de dix ans, Fred Musa présente une émission consacrée au hip hop français : Planète Rap sur Skyrock. Aujourd'hui en place, l'animateur revient également sur ses débuts à la radio, sa rencontre avec Tabata Cash et ses plantages.

« Ma vraie passion, c’est la radio, pas le rap. Dés que je monte dans une voiture, je trifouille, j'essaie toutes les stations. Je suis un fou, un fan. »

A 34 ans, Fred Musa se revendique toujours comme un enfant de la FM. Ce n'est pas la musique qui a bercé l'enfance de l'un des animateurs-phare de Skyrock mais plutôt les émissions de libre antenne.
« Gamin, j’écoutais toutes les radios, toutes les émissions, que j’enregistrais sur des cassettes. Le soir, mes parents regardaient des vieux films ou des variétés comme Champs Elysées avec Drucker. Et moi, j’allais dans ma chambre et je m’endormais avec mon walkman sur la radio. Ce que j’adorais, surtout, c’était tous les petits bruits, comme ceux des sièges et des portes qui grincent. Je trouve que c’est justement ce qui manque à la télé. Sans images, en radio, tu peux fantasmer, imaginer ce qu’on fait dans le studio et j’ai toujours adoré ça... »
Très vite, le jeune Fred décide que son avenir passera forcément par les ondes et s'en donne les moyens.

« Ma première interview, c'était avec Rockin’ Squat. Et je te cache pas que j’ai pas été super bon.»

« Je ne me suis même pas posé la question de mon avenir en fait, c'était évident. J’habitais à la Courneuve et j’ai regardé ce qui existait comme radio dans le coin. Il y avait un bus en bas de chez moi, le 143, qui allait au terminus de Rosny sous Bois, juste devant Radio Voltage. Je me tapais 45 minutes de transport, je campais devant les locaux et j'attendais de trouver le courage de rentrer. Un jour, il pleuvait et une animatrice est sortie pour me dire : “Rentres, tu nous fais de la peine.” Au départ, j’allais chercher les cafés, je calais les vinyles, je les nettoyais. »

Fred a 16 ans et c'est là qu'il rencontre une certaine Nina Carine : « C'est cette animatrice qui m’a parlé pour la première fois de rap français. Elle était très pote avec Solaar, Jimmy Jay et les Rap Sonic, un des premiers groupes de Big Red. » Aprés quelques émissions de dédicaces pour Radio Enghien, Fred entre à Skyrock en mai 92 et deux ans aprés, on lui propose une émission avec la sulfureuse Tabata Cash. « J’étais une espèce de sous Difool, un petit vanneur à deux balles. »
Cette nouvelle expérience lui permet surtout de faire sa seconde rencontre avec le Hip-Hop. Version outre-atlantique, cette fois.

« Tabata n’écoutait que du rap cainri, west coast avec Ice-T, N.W.A... Je ne maîtrisais pas trop parce que j’aime bien comprendre et je ne suis pas trop bon en anglais. Le rap m’a surtout parlé en français. En ricain, ça me parlait surtout au niveau des sonorités. » Porté par cette nouvelle passion, Fred voit avec plaisir Skyrock changer de format en 1995. Avec la loi sur les quotas de chansons françaises, la radio devient “1ère sur le rap”. Fred va alors voir Laurent Bouneau, le big boss.
« Je trouvais que c’était un peu dommage de ne pas avoir une émission de pur rap. Il m’a dit tout de suite : “ok, ça va s’appeler Planète Rap, j’ai un créneau le dimanche entre 20h et 21h et c'est toi qui va la faire.” »
Fred fonce, touchant enfin son rêve du bout des doigts, sans se prendre la tête « La pression, c’est plus avec le temps que tu te la mets. Avant, je faisais les choses plus spontanément. Sur le coup, quand t’as vingt piges et qu’on te dit que tu vas avoir ta propre émission, où tu vas pouvoir balancer tous les sons de rap que tu veux, t’as pas de pression, t’es juste content. »

« C'est toi qui va présenter Planète Rap ! »

S'en suivent onze années d'animation, des auditeurs de plus en plus nombreux et l'émission devient quotidienne. Avec des tonnes de grands moments.
« Les premières interviews, je peux te dire que je m’en souviens parce que j’ai commencée avec Rockin’ Squat d’Assassin. Déjà, lui qui mettait les pieds à Sky qu’il considérait comme une radio opportuniste, c’était pas gagné… Et je te cache pas que j’ai pas été super bon. J’arrivais avec mon ton FM et il fallait que je m’adapte aux rappeurs qui sont des gens de caractère, des gens qui s’affirment. »
Des petites bastons dans les studios (notamment entre Joey Starr et un apprenti rappeur) en passant par la cinquantaine de potes de potes qui se masse dans les couloirs pendant les enregistrements ou les caprices des stars américaines, Fred ne semble garder que de bons souvenirs.
« Ca fait partie de l’histoire de cette émission, on est passé par là. Après, quand les gens viennent ici, il y a une certaine sorte de respect et il n’y a jamais eu aucun problème. »

L'enfant de la FM, jeune papa, a choisi de diversifier ses activités et d'assurer son avenir. Le frais trentenaire avait déjà abordé le milieu de la télévision, en 1999, quand il co-anima pendant deux mois Unisexe avec Flavie Flament sur M6. Un gros flop qui ne l'a pas dégoûté pour autant. En 2005, il monte avec sa compagne, Sarah Lelouche, la boite de production Watch Us. Ensemble, ils transposent avec succès Planète Rap sur petit écran, via France 4. Fred réalise également deux documentaires sur la rappeuse Diam's : 6 Mois Dans Sa Bulle et 12 Mois Hors de Sa Bulle. Si aujourd'hui il a en projet de créer une série télé inspirée du monde du rap, il n'en lâche pas pour autant la radio.
Aujourd'hui, Fred a une émission 100% rap français indépendant, La Nocturne, tous les vendredis, de minuit à 2h du matin.
« Oui, le rap français, j’en suis devenu un vrai grand fan. Quand j’ai commencé Planète Rap, c'était pas la même passion. Aujourd’hui, j’ai un vrai truc pour défendre ces gars-là, une vraie envie. »

Entretien publié le 11 novembre 2007.

Auteur : Adeline Lajoinie
Photos : Mpy Was Here