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Tahiti 80 : « On souffre du syndrome Big In Japan »

En juin dernier, Xavier Boyer aka Axe Riverboy publiait son projet solo, Tutu to Tango, un très beau disque de sunshine pop intemporelle teinté de sonorités sixties. Un juste équilibre entre rétro et moderne, comme si l’espace d’un disque, Brian Wilson se déguisait en Sufjan Stevens ou Conor Daisy pour nous donner le Smile. Une plongée en apnée dans l’univers musical d’Axe, en vacance de son groupe Tahiti 80.
Une pause studieuse, entre la confection de son effort solo, la production de plusieurs disques pour les copains (Calc, Fugu) et la préparation d’une minitournée japonaise. Cette super activité n’est pas pour déplaire à Xavier Boyer et c’est avec lucidité et entrain que le leader de Tahiti 80 répond à l’essentiel de nos questions.

Street Tease : Dans ton parcours musical, est ce qu’il y a un groupe qui t’a mis sur la voie de cette pop sixties, influencée par les Byrds, Big Star, les Beach Boys ?
Axe Riverboy : C’est un cliché de le dire, mais le premier groupe, ce sont les Beatles tout simplement. Mes parents avaient acheté les fameuses compilations bleues et rouges, sauf que l’édition cassette était verte, il me semble. J’ai également la chance d’avoir des grands frères, qui m’ont fait découvrir Cure -qui n’est pas forcément ce qu’on entend dans Tahiti 80- et toute la vague de Manchester avec Happy Mondays, les Stone Roses...
L’anglais est la langue universelle de la musique pop, était-ce évident pour ton album solo de chanter en anglais ?
Je me pose pas trop la question avec Tahiti 80, idem pour mon disque. Pas mal de gens pensaient que c’était l’une des raisons pour lesquelles je voulais réaliser ce projet, mais ce n’est pas le cas. C’est encore un peu cliché mais c’est un genre qui a été inventé par les anglo-saxons. Pour chaque musique, tu as une langue qui colle avec. De même que lorsque Brel est repris en anglais par Bowie dans les années 70, les versions originales en français demeurent meilleures.
L’anglais te permet d’ écrire des textes qui ont du sens tout en modulant énormément, la voix devient un véritable instrument.
Ca fait longtemps que tu l’avais en tête ce disque ?
Il y a plein de morceaux qui étaient présents dans les tracklists de chaque disque de Tahiti 80 mais on ne les avait jamais enregistré car ils ne nécessitaient pas toujours la présence de tout le groupe.
Finalement, ce disque ne traduit pas la volonté de se démarquer du groupe?
Ca fait plus de dix ans qu’on est ensemble avec Tahiti, on est dans un système ou on fait tout à quatre. On a un studio (Tahiti Lab) dans le cadre duquel on a commencé à produire des groupes, c’était vachement intéressant car ça sortait du contexte Tahiti 80. Je me suis dit que j’aimerai écrire des chansons et pouvoir tout assumer, sans devenir un horrible dictateur vis à vis des trois autres membres du groupe. L’idée était de produire un album un peu récréatif, après Fosbury, qui était l’aboutissement d’un cheminement assez complexe. On voulait conserver cette base pop, tout en expérimentant dans plein de styles différents. J’avais l’impression d’avoir fait le tour de la question et j’avais tout simplement envie de revenir à quelque chose de plus roots et dépouillé.
Pour une partie de la production, tu as fait appel à Tony Lash qui a déjà travaillé sur Wallpaper For The Soul de Tahiti 80.
Le disque a été co-réalisé avec Pédro, bassiste/arrangeur de tahiti 80, on bosse dans le même studio et il s’occupe des machines, un secteur qui m’a toujours un peu gonflé. Au départ, je voulais sortir du cadre Tahiti mais je pense que c’était la meilleure personne pour ce disque. Pour le mixage, j’ai fait appel à Tony Lash qui a joué dans le groupe d’Elliot Smith et qui avait déjà pris ses marques avec nous.
Tu prépares un album de remixes de Tutu to Tango, sur lequel figure nombre de groupes français (Calc, Ben’s Symphonic Orchestra, Montgomery) ?
Ca sort le 19 décembre au Japon, ce sont des copains qui font des remixes. Le disque ne sortira pas en France car j’étais chez Atmosphériques qui a été englobé par Universal, Tahiti 80 s’est retrouvé chez Barclay et du coup je me retrouve dans un no man’s land, entre deux labels.

"Quand on a commencé à vendre des disques au Japon, c’était un peu la blague, c’est notre côté Big in Japan, en référence à la chanson d’Alphaville. "Les japonais n’ont pas de goût, ils aiment les trucs un peu nul et c’est plus facile d’être une star là-bas."

Qui a réalisé la très jolie pochette du disque ?
La pochette est une photo de vacances que j’ai prise avec un appareil jetable, sans me dire que ça allait terminer sur mon disque. Au moment de choisir la pochette, je me voyais pas faire une séance photo, genre poser avec une guitare acoustique. J’ai appelé Laurent Fétis qui est le designer de toutes les pochettes de Tahiti 80 qui trouve toujours des supers idées. Pour le clip de Roundabout, c’est Stéphane Milon qui avait déjà réalisé deux documentaires sur Tahiti 80 et le clip de Big Day.
Comment se déroule cette tournée, prends tu du plaisir à jouer , en vacance de ton groupe d’origine ?
Ca se passe bien, nous sommes trois sur scène, je suis accompagné du bassiste de Ben’s Symphonic Orchestra et du batteur de Lecube. Mon album est beaucoup plus simple que les albums de Tahiti 80 ou il y a souvent une prod, une esthétique associée à chaque disque. Les chansons de Tutu to Tango sont assez intemporelles et fonctionnent bien sur scène, le contact est souvent enthousiaste. Je garde un excellent souvenir des Rockomotives, il y avaient un peu toutes les tranches d’âges, on avait joué une reprise des Byrds qui avait ravi les anciens, les gens plus indés avaient apprécié l’énergie du live. Pour revenir à la question, après 10 ans, ça fait du bien de prendre des vacances et de revenir avec des idées fraîches.
Il y a à chacun de vos concerts un véritable fan club de jolies filles japonaises en transe !
C’est assez paradoxal car je ne pense que nous ayons vendu des disques grâce à notre look, je pense que c’est réellement un succès musical. On est arrivé après la première vague French Touch, les gens étaient assez ouverts et ils étaient prêts à écouter autre chose que de l’électronica.
Comment se fait-il que vous n’ayez jamais joué dans un festival comme la Route du Rock et plus généralement, vous êtes rarement à l’affiche des festivals estivaux en France ?
Je ne me l’explique pas. Quand on a commencé à vendre des disques au Japon, c’était un peu la blague, c’est notre côté Big in Japan, en référence à la chanson d’Alphaville. « Les japonais n’ont pas de goût, ils aiment les trucs un peu nul et c’est plus facile d’être une star là-bas. »
C’est devenu un gadget, la presse s’est beaucoup attaché à ça, peut-être moins au reste, à notre musique. C’est tout le paradoxe, Wallpaper… était dans le top 10 du magazine Uncut par exemple l’année de sa sortie et en France et à part les Inrocks, peu de gens en ont parlé.
Je pense que chanter en anglais en France reste un handicap encore qu’aujourd’hui les choses changent, un groupe de rock qui se monte choisira plutôt l’anglais.
Tu travailles actuellement sur le quatrième album studio de Tahiti 80, est-il possible d’obtenir des infos sur la confection de ce nouvel effort, sera-t-il aussi mûri et travaillé que Fosbury ?
On aimerait bien l’enregistrer d’ici la fin de l’hiver. Sur le précédent disque, on a passé quatre mois en studio, à écrire, enregistrer, se tromper. On va essayer de revenir à un son de groupe, avec des éléments live. C’est pas prévu pour être un album de hip-hop en tous cas (rires). Ce sera un peu le contre pied du dernier album. La blague qui circule entre nous en ce moment : c’est 5 ans d’avance, 10 ans de retard ! A l’heure ou tout le monde revient à l’électro, c’est une autre démarche.
Quel disque t’a marqué cette année ?
Un disque qui surnage pour moi, c’est l’album de Richard Swift, Dressed up for The Letdown. C’est un songwriter américain, qui n’est pas si éloigné de Rufus Wainwright, avec un côté plus pop, moins cabaret.

Entretien réalisé le 12 février 2007.

Auteur : @FrancoisChe

axeriverboy.com

Remerciements spéciaux : Adeline Affre pour nous avoir gracieusement reçu le temps d’un entretien, Tarik pour son sens de la blague et Carotte, le lapin tout sec et photogénique.