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Orelsan : « Sur Saint-Valentin, je parle de coucher avec des filles consentantes »

Il est en passe de détrôner Xavier Gravelaine - footballeur culte des années 90 nuque longue et franc parlé en prime - au palmarès des figures emblématiques de la ville de Caen. Lui c'est Orelsan, rappeur qui cartonne déjà sur YouTube avec ses quelques milliers de vues. Le jeune MC dispose des atouts pour devenir l'emblème de cette nouvelle génération élevée à la Sainte Trinité (MSN, MP3, PSP) et dont les parents ne comprennent pas les codes.
Sa formule parfaitement huilée est redoutable d'efficacité : phrasé décomplexé, instrus à la limite du mytho et clip bricolés.

Tel un Mike Skinner à la sauce calvados, Orelsan raconte son quotidien 2.0, entre plans meufs vite fait, despé et kebab contaminés. Lui et sa bande, composée du beatmaker Skread et du MC Gringe ont très vite saisi l'intérêt de poster des vidéos sur Myspace. En 2006, quelques jours avant le 14 février, ils uploadent le track qui va leur offrir une visibilité instantanée, Saint Valentin.
Si vous étiez dans la Batcave pendant tout ce temps, on vous conseille direct une petite démo de Batman feat. Alfred en guise d'amuse bouche et la ribambelle de singles potentiels.
Le rappeur from Caen s'éclate en ce moment sur la scène de la Boule Noire à Paris pour une série de 4 concerts. Au programme des festivités : la présence indispensable de Monsieur lapin, des grandes parties de Street Fighter II et une poignée de privilégiés qui connaissent déjà les textes d'Orelsan par cœur. De quoi bien préparer la nouvelle année qui s'annonce chargée, avec notamment la sortie du premier album.

Street Tease : Content d’avoir quitté ton taf de veilleur de nuit ? (Dans une vidéo, il met en scène son dernier jour de taf ndlr)
Orelsan : C’était vraiment mon dernier jour de taf, je faisais vraiment les ronds de serviette, je m'appliquais et tout, j’allais pas partir comme ça quand même… (rires)

Tu l'aimes bien finalement cette Saint-Valentin depuis que ta vidéo a tourné en boucle sur Internet ?
Ça me correspond bien, j’aime bien faire des petites vidéos, des conneries. A la base, on a avait pas de stratégie, c’est venu naturellement. Il fallait qu’on trouve un moyen de faire notre truc. On avait Saint Valentin qui traînait car c’est un vieux morceau. Le concept, c’était de faire tout le contraire d’un truc romantique, c’est l‘anti Saint Valentin, quitte à abuser le truc, autant partir dans du lourd. En même temps, c’est pas spécialement un truc anti meuf parce que ce morceau il parle de cul et je parle pas de dégrader des meufs non consentantes. Je parle juste de coucher avec des filles qui veulent bien.

Les choses ont changé pour toi après ?
J’ai commencé à rapper en 1998, bon je te rassure au début c’était tout pourri et à partir de 2000, j’ai commencé à enregistrer des trucs, j’ai monté Casseurs Flowters avec Gringe. En 2003, on a fait une mixtape dispo sur Internet. Il y avait une dizaine de morceaux mais à la base je faisais des instrus et je rappais dessus pour m’amuser… En 2004, j’avais un album de prêt, c’était pas mortel mais il y avait déjà Saint Valentin et Sale Pute dessus. J’avais plein de potes qui aimaient bien le morceau, il me disaient : « C’est un hymne ton truc ! ».
Un pote nous a prêté une caméra et on l’a mis en ligne une semaine avant le 14 février, il y a deux ans. On a fait pas mal de vues dès le début car ça correspondait bien à la période.

Tu peux me parler de Skread, ton beatmaker attitré
Je bosse avec lui, c'est mon producteur, il me fais mes instrus et collabore avec plein de gens dans le rap français (Booba, Rohff, Nessbeal, Diam’s…). Il est originaire de Caen et on se connaît depuis 8 ans, on était en cours ensemble et comme je faisais des instrus, on voulait faire une sorte de duo de producteurs. Du coup, je me suis orienté vers le rap et il a progressé super vite, il a commencé très tôt à distribuer ces prods. On réalise tout ensemble, même les vidéos, souvent il filme et j’arrive avec un petit stroryborad.

« Le concept de “Saint Valentin”, c’était de faire tout le contraire d’un truc romantique. »

Pour le clip de Changement, on sent que la réalisation est un cran au dessus par rapport à vos autres prod...
C'est normal, on a acheté une nouvelle caméra entre temps (rires). On s’est pris la tête à le faire, on va mettre en ligne un making of. Tout se passe en bas de chez moi. Les clips de Saint Valentin et Batman ont été fait dans le même appart. Tous nos clips sont “maison”.

Tu me fais penser au niveau des thèmes au Mike Skinner des débuts, les kids et les jeunes adultes sont hyper surpris d'entendre un rappeur qui comprend et raconte aussi justement leur quotidien...
C’est marrant, on me parle souvent de lui quand je viens à Paris, il y a pas mal de thèmes qui se ressemblent mais musicalement, il est pas vraiment en mode rap, il est plus dans le texte limite slamé. Finalement, s’il habite dans la banlieue de Birmingham, si ça se trouve on est qu’à deux heures l’un de l’autre, donc il y a plus de chances que nos thèmes soient proches vu qu’il n’y que la Manche qui nous sépare.

Sur la scène de la Boule Noire, les gens ont découvert de nouveaux titres dont le singulier Pour le Pire démarré au piano, qui sera présent sur ton album, tu y racontes une scène ou un mec bourré veut draguer...
Dans ce morceau, je raconte l'histoire dans un type - moi - qui est dans un bar et essaye de draguer une meuf. Je suis un peu bourré, car si t’es clean tu vas pas y aller.
Et là je sors une technique de drague toute pourrie à la meuf et elle me dit : “J’aimerai bien qu’on me dise la vérité, j’en ai marre qu’on me baratine juste pour me serrer !” Du coup, tout le long de la chanson, je lui dis vraiment la vérité style elle me plait mais pas suffisamment pour m’investir à fond. Tu vas pas attendre le coup de foudre pour sortir avec quelqu’un non plus ! (rires) Et je fais une ballade au piano façon Supertramp.

Tu vas maintenir les parties de Street Fighter dans tes sets ? (à chaque concert, Orelsan et Gringe invitent 2 personnes dans la foule pour jouer à ce hit de la baston sur console)
Il y aura toujours la compet' de Street Fighter, c’est pas truqué du tout, d’ailleurs c’est toujours mon gars qui perd ! Ces jeux là on les a tous saigné !

« On parle de trucs tellement crades entre potes que ça me choque même plus, on a déjà raconté bien pire que ce qui se passe dans mes morceaux. »

Tu joues à la console en ce moment ?
J’aimerais bien me mettre à la console mais là j’ai un album à finir…
Ce que j’aime bien avec les vieilles consoles c’est que si je me mets demain à faire une partie de Mario 3, c’est fini en deux jours et ça détend alors que si tu commences à faire un Metal Gear ou un GTA t’es foutu ! Après tu penses qu’à ça…

Pas trop de problèmes avec les lyrics pour les passages télé de tes clips ?
On a mis les gros mots comme pd à l’envers, mais c'est surtout le CSA qui pose problème en fait.

Tes parents, ils comprennent ?
Depuis que ça marche un peu, ils sont contents pour moi. C’est pas mal mis en scène, du coup même dans Sale Pute, les paroles sont hardcore mais quand on a fait le truc, je suis en costard, je suis pas en train d’insulter une meuf. Ça parle d’une situation spéciale et ce que je dis je l’ai vraiment ressenti. Ils voient plutôt ça comme du jeu d’acteur et puis c’est du rap, ils comprennent pas la moitié de mots…

C'est d'ailleurs ce que tu racontes dans Changement
C’est ça, ils comprennent pas, d’ailleurs ils comprendraient pas la moitié de ce qu'on vient de raconter...

Article publié le 9 décembre 2008.

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Mpy Was Here