Revues

Les Moped Gangs en V.O. : Ride My Pain Away

Je pourrais aisément vous bullshiter avoir fait le voyage - nan mais regarde un peu les tofs de dingues de mon de report sur les moped gangs américains - mais nan, la vérité, c'est sur le net que j'ai rencontré les freaks de la mobylette.
Le premier truc à m'avoir fait triper alors que je dérivais sur google image, c'est les logos et les noms des gangs. Les moped riders les patchent au dos de leurs blousons à la façon des bikers : The Latebirds, The Puddle Cutters, The Mosquito Fleet...

À 10.000 miles de la 103 SP kitée du kéké traversant à fond de brèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè un village de notre douce France, les ricains ont su transformer le truc le plus loose et le moins stylé qui soit en la culture jeune la plus kiffante du moment. La Moped Army et son point com fédèrent la vingtaine de gangs du mouvement. May your wheels find the good path.
Alors oui, il y a beaucoup de bouts en cainri dans ma story, parce que gare à l'effet grand papa de la trad. En VF, c'est tout de suite moins bandant ; attention, v'là l'armée des mobylettes ! De Funès et Bourvil sur une vieille Motobécane dans le rétro. Mais mon bad de base pour raconter cette histoire sur six pages, c'était surtout celui d'être condamné à le faire collé derrière un écran. Avoir à compter les mails des moped addicts qui s'accumulaient dans ma box, au lieu de mater les miles défiler au compteur de ma mob en leur compagnie.
L'enthousiasme des réponses à mes french requests m'a aidé à accepter ma condition de journaliste sédentarisé : schmittobecane@103.sp

"La mob, c'est du crack sur roues."

From : jayd@mopedarmy.com = Crazyjay des "Bourbon bandits" de Louisville dans le Kentucky, me raconte posséder 12 mobs et rider parfois habillé de son costume d'Evil Kinevil (et de la cape qui va avec) histoire de faire triper ses potes. Son crew a deux amours : les mobs, bien sûr, et le bourbon.

From : chrisstewart@mopedarmy.com = Chris et les "Peddy Cash" ont pour devise : mo-peds mo-cash mo-problems. Ahahah. Il me dit que son crew est le plus déconneur du pays. En ce moment à Chicago c'est vraiment glacial et neigeux. Ne pouvant pas rouler, tout le monde bosse sur sa meule en vue du printemps. Les peddy cash ont toutes sortes de rides dont des themed bikes, des mobs thématisées, telle la Peddy Kruger, a nightmare on elm street puch maxi.

From : erics@mopedarmy.com = Éric Sabatino des "Puddle Cutters" de Portland a son propre shop de meules, les logos des différents gangs auquel il a appartenu tatoués sur le bras, et un amour sans bornes pour les mobylettes française. Il m'explique faire parti de La Résistance, un special crew au delà même des gangs. La seule règle pour en faire parti : être persuadé que les mobylettes françaises sont supérieures à toutes les autres.

De mails en mails, après moult nuits passées à échanger avec moult riders, je commence à être calé en moped history. C'est dans le Michigan, à Kalamazoo, que tout a commencé en 1997. La genèse du moped mouvement, c'est le délire de trois potes de fac : Dan Webber Kastner, Simon King, et Brennan Sang. Après avoir retrouvé de vieilles mobylettes oubliées au fond d'un garage, ils créaient The Decepticons ; un gang de kiffeurs de mobs. Ce mode de déplacement s'avère une cible idéale pour toutes sortes de haters, du gros beauf en pick-up, au street kid lanceurs de cailloux. Quand ils ne se font pas insulter, ils se font tirer leurs meules. Une putain d'inspiration pour le premier d'une longue série de slogans qui tuent : «don't mess with the Decepticons». Rapidement, leur trip fait des petits chez les jeunes cool du pays. Des gangs de moped riders apparaissent aux quatre coins des States, et la Moped Army débarque pour les connecter. «Swarm and Destroy», tel est le slogan de cette armée bon enfant. Le swarm, c'est l'essaim. Bien sûr par analogie pour le bruit de la p'tite mob proche de celui de la grosse abeille, mais surtout pour la notion de bande. Parce que si une seule mob peut être risible pour certains, un ride de 10, ça a tout de suite plus de gueule. Le destroy, c'est pour le côté punk du truc, la facette gentiment outlaw des gangs. Et tout comme chez les crêteux, le DIY est roi chez les mobeux. Pour rouler, il faut savoir réparer soit même. L'art du "do it yourself" est également indispensable pour la personnalisation de sa monture, pour pimper son ride.

Une maxime de Pat, le fondateur des Peddy Cash de Chicago, résume à merveille l'addiction que peut engendrer la mob : «Mopeds are like crack on wheels, you take it around the block and you want one immediately». Je crois bien que, même sans avoir fait le tour du block, moi aussi je suis entrain de m'accrocher, wreum wreum mummumumumumumumumu wreum : je crack sur l'humour des gars, sur leur façon de singer le mode d'organisation des MC de bikers, de perpétuer ce truc typiquement américain de quête de liberté par la route. Et vu que pour moi, comme pour les moped riders, la bière est un carburant, une nuit, un brin entamé, je me suis bricolé une barre d'espace torsadée et peint des flammes sur les cotés de mon clavier. Vroom vroom l'ordinateur, ma mobylette à moi.

"On évite la police, on passe partout, on se tape des festins et on boit comme des bêtes"

On the road par procuration. J'ai réellement voyagé à lire les histoires des moped riders ; surtout celle de Nick me racontant la formation des Latebirds de Los Angeles. C'est la story d'un band de quatre, trois gars une fille, habitués à écumer les alentours de LA avec leur vieux van de 69 pour jouer dans des mariages. V'là pas le scénar idéal pour un B-movie de folie : « un jour de 2005, le van tombe en panne sur la Highway 395, les quatre se retrouvent plantés en pleine campagne. C'est alors que débarque un vieux weirdo qui leur revend des mobs abandonnées au fond de sa grange pour 50 dolls et un pack de six. Ils tentent de rejoindre LA située à 300 miles de là. Les Latebirds étaient nés. » Nick est un garçon aux multiples talents. Je m'étais rencardé sur son cas auprès de Dan Webber Kastner, l'un des trois OG de la moped army. Nick est-il un bon soldat ? Mais grave, mon gars ! «Nick is the man. A great moped soldier, and an amazing moped racer !» Et pas que. Nick est également un très bon photographe, dont les tofs illustrent cette story, sans négliger le punch liner de compétition qui est en lui. Dans chacune de ses réponses à mes questions apparaissent des rumbles d'Arthur Fonzarelli rumblant ou des jumps à la Travis Pastrana. Quand je lui demande de tell me about the gang life, ça donne « we dodge the police, we ride the crease, we put down a feast and drink like beasts ». Pure phrase qui, comme trop souvent, sonne moins bien en français. « On évite la police, on passe partout, on se tape des festins et on boit comme des bêtes ». Putain de VF… Mais bon, quand je lui demande de me parler de son amour pour la mobylette, il me balance « let me count the ways, 1 I love my bitch, 2 I love my bitch, 3 I love my bitch… cuz she the shit », phrase que, pour le coup, je ne pense pas avoir besoin de traduire, hein ? Niveau repaire du sanglier, pour les Latebirds ça se passe du côté de chez Choke, le magasin de mobs de leur pote, où les "Beers crack" et où l'on débat de la supériorité de la pizza east-coast sur la pizza west-coast. Mais dis moi, le kif ultime, c'est la pizza chaude ou la pizza froide ? Et bang, il y aura toujours quelqu'un pour en rouler un autre.

"1 : I love my bitch, 2 : I love my bitch, 3 : I love my bitch… cuz she the shit"

C'est à la lecture de son texte sur la notion de "ride" que j'ai réellement décidé de créer les Mad Dogs, la première branche francaise de la moped army. Trop il le faut. Écoutez plutôt comme c'est beau. «Mile after mile the dial ticks we're getting closer to forgetting our problems. Popping wheelies on Sunset Blvd. or sliding out on Mulholland Drive completely drunk off the wind in our mouths. Ride ends at one of our many favorite watering holes». Un passage d'une grande poésie urbaine que je pourrais tenter de traduire par... ou simplement résumer par ride my pain away, bitch !

Auteur : Schmitto
Photos : Nikolaus Jung

En collaboration avec le magazine Shoes Up