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Supa! : Always Smiles

Petite devinette pour les initiés. Ses tapes s'arrachent comme des petits pains, ses mixes sont d'une précision chirurgicale et il transpire 2 hectolitres de sueur à chaque live. Qui suis-je ? Supa! bien sur !
Ancien membre du collectif parisien Jazzeffiq sous le nom de dj Kai, Supa! avait besoin de voler de ses propres ailes. Ce petit frère caché de Craze combine une technique irréprochable et un goût hyper prononcé pour les sets foutraques qui te retournent la tête (et les jambes). Après Arc-en-Ciel de Nuit, l'inamovible Supa! débarque avec sa toute nouvelle tape. Dépêchez-vous, il n'y en aura pas pour tout le monde.

Street Tease : Avant Supa!, tu te faisais appeler dj Kai, qu'est ce qui a changé ?
Supa! : Kai, ça correspond à une période ou je mixais beaucoup plus de pera, je faisais des sets vraiment hip hop. Wu Tang, Biggie, en passant par D.I.T.C. ou encore Blackmoon... c'est mon background. En même temps, j'écoutais beaucoup de styles de musiques différents et je tournais avec un crew (Jazzeffiq ndlr) qui me mettais des bâtons dans les roues par rapport à mon envie de mélanger du hip hop, du rock et de l'électro. Ca m'a vite saoulé et c'est ce qui a marqué la fin de dj Kai et le début de Supa!.
Quand as-tu stoppé le projet Kai ?
Ca fait deux bonnes années, voire trois. J'avais pas envie de me cantonner dans un style. J'ai pas de message particulier à faire passer. J'aime juste ça ! Je veux partager avec les gens, m'amuser...
Quels ont été tes premiers émois musicaux ?
Je suis un peu de la génération Dance Machine, années 90 à fond tu vois, normal quoi. J'écoutais les Dr Alban, les Two Unlimited... Et le pera, c'est venu par les grands frères, les cousins qui mattaient les clips sur M6 et enregistraient des cassettes audio. Ils étaient vachement influencé par le rap east coast donc c'était très Wu Tang, Mobb Deep... Et à force de traîner avec, on échangeait beaucoup de sons. J'ai commencé par faire mes proches recherches, compiler mes propres cassettes... A l'époque, tu devais écouter la tape en entier pendant l'enregistrement, la satisfaction n'était pas la même par rapport à aujourd'hui ou tu as accès à tout très rapidement. C'était le début de mon petit crate digging perso.
Tu te souviens de ton premier vinyle acheté ?
Le tout premier, c'était Ms fat Booty de Mos Def avec le morceau Mathematics en face B produit par Premier. Beaucoup de rap français, Puzzle, La Cliqua...

"Quand j'étais gamin et que j'allais à Châtelet, ma mère me filait un peu de thunes pour que je mange. J'avais le choix entre acheter un disque et manger. Je prenais le disque."

Tu sors une nouvelle tape, c'est l'occasion de nous dire quels sont selon toi les ingrédients d'une bonne tape ?
Une bonne tape, c'est avant tout une bonne sélection, mettre en avant les sons qui te font kiffer perso. Quand tu l'écoutes, faut que tu sentes que le mec a taffé avec ses mains et que c'est pas juste des morceaux pitchés su un ordi, une pratique qui malheureusement se banalise de nos jours... Faut donner de la valeur ajoutée avec des petites attaques, des scratchs, montrer que t'es un vrai dj. Des petits détails qui font la différence. Après, ça dépend ce que tu veux en faire, si c'est juste pour ton plaisir perso, dans ce cas-là tu te poses même pas de questions.
Quel sera le contenu de ce nouvel opus ? En quoi sera-t-il différent ?
La différence avec les précédentes. En ce moment, j'écoute énormément de dubstep, de la jungle, du dub... beaucoup de sons anglais. J'essaye de faire un cross-over entre tous ces sons là. Dans mes tapes, j'essaye toujours de conserver cet éclectisme, en mélangeant plein de sons différents. Dans la précédente (Arc-en-Ciel de Nuit ndlr), il y avait du rock, du rap, du dubstep, de la baltimore. J'aime relever le challenge de mixer des trucs qui n'ont pas de lien entre eux. Dans la nouvelle, ça part en dubstep mais ça part en bassline avec aussi du dub, de l'électro, du grime...
Comment expliques-tu que tes tapes cartonnent ?
Je pense que c'est d'abord grâce au taf. J'ai aussi une bonne équipe qui soutient le truc et qui permet de relayer. Je pense que que le taf fait la différence, je suis hyper perfectionniste et méticuleux. Tant que je suis pas satisfait, je recommence.
Est-ce qu'on retrouve ce pointillisme, ce côté hyper carré, dans tes sets ?
Ce que je fais en sessions d'enregistrements, je veux pouvoir le refaire en live, sinon c'est de la triche. Je prépare mes sets à l'avance. Le but du jeu est de faire rentrer le public dans mon univers et qu'il le lâche plus. Essayer de créer des surprises, d'anticiper ce sur quoi les gens vont réagir. Je me mets à leur place. Même si c'est pas toujours accessible, je m'efforce toujours de faire rentrer les gens dans mon délire.

"Même si c'est pas toujours accessible, je m'efforce toujours de faire rentrer les gens dans mon délire."

Tu joues pour plein de collectifs, je pense aux soirées SHKS, BKRW, Poyz & Pirlz... Tu pourrais me citer un souvenir mémorable, une soirée ou ça a hyper bien fonctionné avec le public par exemple ?
J'ai vraiment un bon ressenti avec le public. Du moment que tu crées un échange, que tu communiques ton énergie, ton kiff et de pas rester hyper stricte à rien faire derrière les platines et à juste passer des sons. Tu joues avec eux, tu vas les voir, tu fais des gestes, tu danses... J'ai plein de gros souvenirs de soirées, je pense à l'Embrouille au Rex avec Auguste et BKRW. J'étais un peu le rookie face à Gero et Drixxxé qui sont des mecs que j'adore. J'ai débarqué avec mon petit sac de scuds, mon ordi et j'avais juste envie de mettre une grosse pression. Les gens étaient hyper réceptifs. Gero, que je ne connaissais pas à l'époque, était venu me voir à la fin en me disant qu'il avait kiffer. Missions accomplie !
Je pense aussi à la soirée Threesome chez Régine avec vous et BH Magazine (RIP) ou on s'était bien marré aussi... J'étais venu avec plein d'idées dans la tête, notamment d'aller chez Régine pour lui brûler son club et jouer du gros son caillera. Les miroirs du plafond étant super bas, j'ai un pote qui s'était ouvert la main en sautant, genre points de suture après, c'était chanmé !
De quels artistes parisiens te sens-tu proche artistiquement ?
De personne ! Non je plaisante. Il y a plein de mecs cools. Je pense à Gero et Kazey avec qui je m'entends hyper bien. Drapo aussi qui est adorable avec moi, qui me drive sur plein de trucs et me donne pas mal de coups de main. Toute la clique Poyz & Pirlz, de Dabaaz à Drixxxé., Vinyl Pushers, Babaflex, Taishi. Mais je dois avouer que ce sont surtout des connexions personnelles et amicales. Musicalement, je ne me sens pas vraiment proche de qui que ce soit. J'ai encore du mal à assimiler cet engouement pour cette nouvelle scène de djs/producteurs qui ont une approche plutôt sommaire du mix.
Au niveau international ?
J'aime beaucoup Craze (à qui il ressemble physiquement ndlr) & Klever. Je suis le petit frère de Craze (rires). Je les suivais déjà quand ils faisaient les championnats DMC. Je kiffais bien le côté technique. Perso j'étais plus dans le délire mix. Je pense aussi à Rusko. J'adore le taf de Diplo car il mélange tout, il va chercher des sons tellement loin...
Quel est ton niveau de consommation musicale ?
J'en bouffe ! Comme beaucoup de djs, je cheke les blogs régulièrement pour récupérer les sons. Je télécharge à la race de mixes de plein de mecs que je kiffe. Je regarde ce qu'ils jouent et du coup je découvre aussi des artistes que je connaissais pas. Pareil sur des concerts. J'ai pas vraiment de secrets pour digger...
Un petit mot sur la tape pour conclure. A la différence des autres, cette tape va sortir en physique, en quoi cette évolution est-elle importante pour toi ? Quelles sont tes attentes ?
J'avais envie d'un support physique, c'est un aboutissement. On va l'utiliser normalement comme un outil promo. Cette tape s'adresse aux gens avec qui on a envie de partager. J'espère juste que les gens vont kiffer !

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Mamzelle et Maviou

supaneversmiles.com