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Hocus Pocus : La Formule Magique

La bande à 20syl adore brouiller les pistes et s’aventurer en territoire inconnu. Une démarche novatrice dans le paysage du hip hop hexagonal. Le nouvel opus du combo nantais est un véritable melting pot d’influences savamment digérées. Plutôt que de composer un 73 Touches « bis », HP a pris des risques. Du jazz à la soul, du funk au blues, leur hip hop s’est nourrit de tout ce qui est bon. Place 54 résulte d’un exercice de style(s) maîtrisé et sublime, agrémenté de featuring de premier choix. Plutôt que de se cantonner dans la routine, les nantais ont privilégié l’ouverture.
Entre une exposition pour la sortie du disque, une licence chez Universal et une tournée qui se profile*, la planning est super chargé. Nous retrouvons un 20syl décontracté et disposé à commenter, sans tabous, l’actualité du groupe.

Street Tease : Comment est né le projet de l’expo** ?
Hocus Pocus : Hocus Pocus a toujours été un délire un peu graphique et imagé, on essaye de construire nos morceaux comme des petits courts métrages, des tableaux…
On voulait faire une soirée un peu spéciale de sortie d’album. Ca faisait longtemps que j’avais envie de faire des vinyles gravés à l’unité avec des pochettes « designées », sur le modèle des tee-shirts sixpack. L’idée était de réunir deux médias, le graphisme et notre musique. C’était bien d’avoir un regard d’autres artistes sur notre musique.
Sur Place 54, vous avez étendu les frontières de votre univers musical, en allant puiser dans la soul, le jazz, le funk...
73 Touches était assez classique en terme de production hip hop, avec des beats très marqués à la Pete Rock. On a voulu se détacher avec des rythmiques différentes qui se rapprochent plus du jazz, je pense à Place 54 (ndlr le morceau). Sur Recyclé, on a rendu hommage au funk, la présence de Fred Wesley donne un plus. On s’est même aventuré sur des sonorités africaines avec Touriste et Tribeca. On a essayé d’aller chercher tous les trucs qu’on écoute et qui nous ont influencé.
Sur 73 Touches, on pouvait pressentir ces envies « d’escapades »
Le morceau Place 54 a orienté l’album sur la thématique du voyage et a contribué à créer un univers autour de tous les morceaux. On a essayé de voyager par le son.
Justement, il y a beaucoup de rencontres sur l’album, quel souvenir gardes tu de tout ça ?
Magik Malik , on est allé le cherché pendant son concert à Nantes, c’est un vrai extra terrestre, une demi heure lui suffit pour enregistrer 4 morceaux. Fred Wesley, ça s’est fait au dernier moment, l’album était terminé, il partait au mastering dans 2 jours. On s’est dit au culot, on lui envoie un mail, il nous a renvoyé le morceau avec les pistes de trombone et de voix et on les a intégré à la dernière minute. J’espère qu’on pourra l’inviter sur scène, c’est une vraie légende du funk. Pour Electro Deluxe, j’avais besoin d’arrangements à la Roy Hargrove J’ai rencontré Thomas (Faure) sur MSN, après ils sont venus nous voir en concert avec Guillaume (Poncelet). Ils avaient vraiment le feeling que je recherche en terme de cuivres.
Est ce qu’il va y avoir des invités surprises sur scène ?
On croise les doigts pour pouvoir inviter Omar sur des scènes clés, on a un Olympia qui se profile.
Est ce que l’adaptation du disque sur scène ne pose pas problème du fait du nombre important d’instruments figurant sur le disque ?
C’était déjà un problème sur 73 Touches car on fait des morceaux produits dans le moindre détail, avec plein de petites couches et de pistes un peu cachées. Du coup, on a pas assez d’instruments sur scène. Notre avantage, c’est Greem, avec ses vinyles, il peut jouer n’importe quel son et importer des compléments, c’est notre multi-instrumentiste. Chaque morceau a droit à sa petite réadaptation.

"Le système n’a pas changé, on fait tout à la maison, les compositions, l’enregistrement, le mixage et les pochettes."

J’ai le souvenir de vous avoir vu en concert à la MJC de Bobigny devant 30 personnes puis à l’Elysée Montmartre devant 1200 et donner la même énergie.
Quand on est sur scène, on s’amuse, c’est plus facile d’avoir l’air concerné quand t’es vraiment « dedans ». On essaye de se faire plaisir. Même pour les morceaux lents de l’album, on se fixe le challenge de les booster.
Peux tu nous parler de votre clip Smile, réalisé par Ramon & Pedro ?
J’ai vu le clip qu’ils avaient réalisé pour Readymade FC et je l’ai trouvé vraiment mortel, une sorte de bricolage à la Gondry. Ils nous ont proposé le concept de scratch de diapositives.
Et pour Hip Hop ?
Arthur, j’avais vu le documentaire Just For Kicks, le clip qu’il a fait pour Run DMC, My Adidas et j’ai flashé ! J’ai appelé Yan (le manager d’HP ndlr) direct pour lui demander de le contacter.
Vous êtes distribué par Universal, est ce que ça va avoir une influence sur l’avenir de votre label Onandon ?
Le système n’a pas changé, on fait tout à la maison, les compositions, l’enregistrement, le mixage et les pochettes. On fait le disque en entier et on leur amène le produit fini. On est en licence chez eux, ils s’occupent de la distribution et de la promotion. Ca nous permet de franchir des portes. Sur notre artistique, ça ne change rien. Notre musique n’a pas été influencé par l’intervention d’Universal.
Donc pas d’intervention de Diam’s ?
Diam’s s’est greffée une fois que le projet était terminé, à la base, on devait sortir sur ULM. Elle nous suit depuis hyper longtemps et quand l’album était fini, elle a craqué sur le projet. Elle est vachement respectée et elle est super ouverte musicalement.
Elle a adhéré à notre démarche.
Pour terminer, un petit mot sur la scène rap française
On voit des beaux projets émergés comme Oxmo et les Jazzbastards, Abd Al Malik dans son créneau. Grand Corps Malade, qui est dans un autre délire, au niveau de l’écriture, ça m’intéresse vraiment. J’apprécie aussi certains trucs bien revendicatifs, limite hardcore, genre La Rumeur. Dans la scène alternative, électronique, je pense à TTC. J’aime les mélanges. J’ai envie qu’on arrête de se dire que le rap c’est juste « 2 platines et 1 DJ ». Le hip hop, c’est déjà une espèce de recyclage par le biais du sample, si on peut apporter d’autres musiciens qui viennent d’un autre univers, pourquoi s’en priver.

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Droits Réservés

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