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Antoine Seve : Un projet Made in France

« Projet M, label urbain éthique et chic ». Tout est dit ou presque, derrière ce slogan, un grand bonhomme svelte arborant la moustache avec classe et le regard malicieux du mec qui en a vu d’autres.
Antoine Seve est un homme qui vise juste, sans doute a-t-il déniché cette qualité dans son passé de basketteur. Las de devoir rendre des comptes, après 10 années de bons et loyaux services chez Homecore, il se lance dans l’aventure du Branding.
D’emblée, sa démarche détonne, quand toutes les marques d’urban wear (ou presque) produisent à l’étranger, il prend le contre pied et se démène bec et ongle pour fabriquer sa ligne de vêtements en France et développer un label « bio ».
Un projet fou ? Non, un Projet M.

Street Tease : Ton histoire perso ?
Antoine Seve : J'ai vécu un peu partout en France, de la campagne à Paris, de la côte d'azur à Lyon, j'ai fréquenté et je fréquente toujours des gens très différents, c'est pour moi très important de côtoyer toutes les couches de la population.
Ton parcours dans l’Urban Wear ?
Je suis un témoin privilégié de l’aventure Homecore. J’ai été commercial pour ces marques pendant un temps puis j’ai monté une boutique Ladysoul à Lyon. c'était sympa, mais vers 2002 j'ai eu envie d'avoir une plus grande implication dans mon travail et de vendre mes propres créations.
Mon influence majeure, c'est la Street Culture mais pas seulement. Je ne m'enferme pas dans un ghetto quel qu'il soit, je me nourris du métissage à la française.
Le contexte familial était-il propice ?
Mon grand-père était soyeux dans la Loire, il tissait du tissu à partir de bobines de fils et ma mère a toujours aimé la mode et les belles matières, elle m'a appris que la qualité était plus importante que la quantité.
Quels sont les fondements de Projet M ?
D'une part projet-M est né d'une envie de voir en boutique des créations que je ne trouvais pas. Un mélange de code urbains, de petits détails pratiques ou esthétiques mais en apportant une touche d'élégance et de confort.
Mes premières pièces sont une veste et un pantalon. Je n'ai pas voulu commencer par un tee-shirt. D'autre part, je voulais réagir à ce que je considère comme les dérives de la mondialisation, l'exploitation et la pollution qui ne me semblaient pas vraiment en accord avec la Street Culture et plus précisément la culture Hip-Hop dont je suis issu. C'est pourquoi j'ai tout de suite décidé que je fabriquerais en France.

« Je veux offrir aux gens une alternative au "Made in China", prouver qu'il est possible de fabriquer en France des produits d'un bon niveau de qualité pour un prix raisonnable. »

L’éthique est au cœur de ta démarche, quasi philosophique ?
Je veux offrir aux gens une alternative au "Made in China", prouver qu'il est possible de fabriquer en France des produits d'un bon niveau de qualité pour un prix raisonnable.
Tu dois faire face à des situations complexes. Produire en France, c’est le parcours du combattant ?
Le Do it Yourself c'est chouette, mais entreprendre en France c'est hardcore. Chaque fois que je fais appel à une nouvelle société, la première chose que l'on me demande c'est mon numéro de Siret pour vérifier ma solvabilité. Il faut batailler et je me retrouve dans une situation plutôt incroyable où je dois argumenter pour pouvoir devenir le client d'une entreprise !
Le critère écologique est pour l’instant peu considéré dans le milieu du vêtement...
Je ne vais pas m'étendre sur le sujet mais pour moi le mec qui a passé son adolescence à défoncer des trains et qui maintenant travaille pour Nike, ça me pose problème. J’ai pas envie de monter dans ma merco (que je n’ai pas), de caler ma fille derrière et de me dire « Tout ça Antoine, tu le dois aux petits chinois qui travaillent comme des enculés. »
La qualité globale des produits est en cause ?
Mes premières Air Force m’ont duré 3 ans, maintenant, elles me font 6 mois, en ne les mettant pas tous les jours. Aujourd’hui, tu testes la qualité d’une marque, sur l’ampleur de sa campagne publicitaire et non sur la fiabilité de ses produits.
Quels sont les objectifs de la marque, à court terme ?
Projet-M se vend très bien là où la marque est diffusée, mais projet-M manque de points de ventes. Ce sera le gros objectif de ce début d'année. Nous avons des contacts à l'export mais je souhaite dans un premier temps imposer le label en France. Comment être vraiment légitime comme marque française si la marque n'a pas une implantation significative dans l'hexagone ?

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Mpy Was Here

www.projet-m.com