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Fancy : Les Maîtres du Monde

Fancy aime jouer les trublions. D’abord signé sur un label Hip Hop, la bande à Jessie Chaton a également assuré les premières parties anglaises de leurs potes Justice, une formation électronique. Réputé inclassable, le groupe se joue des codes glams pour distiller une énergie live incomparable. Kings of the Worlds, le premier album de Fancy se veut le reflet d’une ambition à peine voilée, conquérir le plus grand nombre grâce à des mélodies rock efficaces.

Street Tease : Ton premier souvenir rock ?
Jessie Chaton : J’ai pas de souvenirs précis mais quand mes parents écoutaient des disques à la maison, ça me fascinait, les pochettes de disques des Stones. Le choc était plus visuel que sonore.
Le look, c’est encore important dans le rock ?
Complètement, à la fin des années 90, la brit pop était en perte de vitesse et puis à partir de 2000, avec tous les groupes de revival rock, le look est revenu au cœur de la musique. Pour moi, c’est super important, c’est du 50/50. 50% de bonne musique, 50% de bonne image. Si tu as des super titres, une super musique et que t’as pas le look, ça devient vite chiant. Et puis si t’es trop dans le look et que derrière ça ne suit pas…
J’irai même au delà du rock, toutes les musiques que j’écoute sont liées au look. Que ce soit le funk, le jazz, le hard rock ou la pop.
On a le sentiment que cette vague rock est en train de s’essouffler au profit d’un renouveau électronique, et vous débarquez à ce moment là. N’est ce pas encore plus dur de monter un groupe de rock en 2008 ?
On était là depuis un petit bout de temps, à faire nos première dates sur Paris dès 2003. On veut pas être classer rock alors certes, il y a une énergie rock , des guitares saturées mais on fait du Fancy avant tout. Le challenge est de composer de la musique intemporelle comme quand tu mets un bon disque de Led Zep ou de George Michael. (rires)
Est ce que dans ce disque vous avez cherché à retranscrire l’énergie du live ?
On ne revendique pas -comme la plupart des groupes en « The »- l’influence des Ramones. On adore les disques super produits comme ceux de Quincy Jones, des mecs qui se prennent la tête sur la production comme Daft Punk.

"Le challenge est de composer de la musique intemporelle comme quand tu mets un bon disque de Led Zep ou de George Michael"

Combien de temps avez vous travaillé sur ce disque ?
Il y a eu plusieurs épisodes, on a commencé les premiers enregistrements en 2003, des chansons comme What’s your name again ? n’ont pas été retouchées depuis cette date. On a enregistré nos titres au fur et à mesure de nos concerts. On avait aucune pression, nous démontrons que nous sommes capable de faire du live et de travailler en studio.
Pourquoi ce changement de label en cours de route ?
Disque Primeur c’est une bande d’enfoirés, on peut pas les blairer ! Non c’est une blague. Mathieu Couturier, ancien de chez V2 et fondateur du label voulait nous filer un coup de main, depuis ma tournée avec Rhinocérose, un groupe dont il s’occupait à l’époque. Il nous a aidé à sortir un 45 tours mais on a jamais vraiment signé de contrat. La force de notre groupe c’est qu’on est aussi aimé par des gens du Hip Hop. Notre but n’est pas forcément d’être référencé uniquement comme un groupe de rock, de ne traîner que dans les bars rocks, avoir un tourneur rock... On s’en fout !
Pourquoi avoir choisi Exclaim ?
On a mis du temps à sortir ce disque car nous étions assez exigeants avec les gens chez qui nous voulions signé. On a eu quelques mauvaises expériences par le passé. Pour Exclaim, tout le monde a adhéré au projet assez vite, on a senti que les gens voulaient réellement travailler avec nous.
On a le sentiment que ce cloisonnement est d’ailleurs quasiment révolu, les barrières sont tombées. Dans la première moitié des 90’, il était inconcevable d’envisager une première partie d’un concert de rock avec un DJ, ou l’inverse...
Prince avait quand même fait les premières parties de Stones. Mais tu as raison sur ce point, aujourd’hui, les gens se mélangent plus.
J’ai le sentiment qu’on a d’abord parlé de vous à l’étranger, vous confirmez l’adage selon lequel « Nul n’est prophète en son pays » ?
On se doutait que ce serait dur en France. Il n’y a pas de groupes comme nous. Les gens sont toujours estomaqués quand ils nous voient car on ne rentre pas dans un format prédéfini.

"Je suis là pour me vendre, je veux que les hommes et les femmes aient envie de coucher avec moi, qu’on se masturbe sur moi, que les gens rêvent de nous, que les musiciens laissent des annonces "cherche guitariste influencé par Fancy"

Quels sont les attentes quand à la sortie de votre premier disque, un moment important dans une carrière ?
C’est écrit sur la pochette de l’album, nous voulons devenir les Rois des mondes.
C’est compliqué d’être un groupe de rock français ?
C’est bizarre car ça ne l’a pas toujours été, dans les 80’ j’ai le sentiment qu’il y avait beaucoup de rock, tu prends des groupes comme Téléphone.
Plus globalement les années 80 sont une décennie très riche pour le Heavy Méthal, avec les albums de Metallica, Motley Crue, Iron Mainden, Megadeth, Guns n’ Roses.
Tu as contribué à l’écriture de D.A.N.C.E, le hit de Justice ?
J’ai contribué à la mélodie du morceau, je n’ai pas écrit de texte. Ils avaient l’idée de faire chanter les enfants. Je les ai rencontré en 2005, je ne les connaissait pas mais j’ai su qu’ils adoraient Fancy. Ils m’ont simplement appelé car ils avaient besoin de moi. Le processus de création a été super long car ils étaient très pointilleux. J’ai composé la mélodie sur le refrain et le bridge « Under the Spotlight…».
Vous voulez vraiment devenir les Rois des Mondes ?
Nous ne sommes pas hypocrites. Les gens disent « pour qui ils se prennent, ils sont agaçants ! ». C’est un second degré pour expliquer qu’on vient faire de la musique et qu’on est pas en train de dire « On est trop torturé, vous pouvez pas rentrer dans notre univers, on est underground, toi tu peux pas comprendre ». Non !
On veut faire de la musique pour gagner du fric, pour être reconnus, pour que Street Tease vienne nous interviewer. Je kiffe les interviews, y a pas mieux pour l’égo.
Je suis là pour me vendre, je veux que les hommes et les femmes aient envie de coucher avec moi, qu’on se masturbe sur moi, que les gens rêvent de nous, que les musiciens laissent des annonces « cherche guitariste influence Fancy ».

Auteur : @FrancoisChe

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