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Kaalam : Calligraffiti

Tombé dans le hip-hop depuis son plus jeune âge, Julien Breton aka Kaalam s’est détourné du parcours traditionnel qui voudrait que n’importe quel amateur du genre devienne rappeur, danseur, graffeur ou Dj. Il a donc a choisi la calligraphie comme moyen d’expression. Si aujourd’hui cet art ne représente pas son activité principale, le temps qu’il lui consacre est suffisant pour nous offrir à chaque fois une nouvelle claque visuelle.

Street Tease : Comment es tu venu à la calligraphie ?
Kaalam : J’ai commencé la calligraphie il y a maintenant six ans. D’où je viens, la calligraphie était un art inconnu et souvent basiquement associé à la religion catholique et la pratique monastique. J’ai découvert la calligraphie juste après le graff qui est beaucoup plus proche de mon univers, à travers la calligraphie arabe qui me semblait dépasser l’art de l’écriture seul. Elle a commencé à évoquer pour moi un art empreint de vie et d’amour des formes exprimant un message directement reçu par le lecteur. La calligraphie représente pour moi cette envie de créer à partir de l’arbitraire, composition de lettre qui forme un mot ou une phrase, une forme homogène essayant de dégager l’énergie du sens profond de la phrase. J’avais envie de véhiculer un message, des phrases fortes qui m’ont fait grandir, et particulièrement des phrases tirées de textes de rap.
Tu t’inspires des calligraphies latines et arabes…
Je m’inspire de l’esthétique de la calligraphie arabe, de ses flexions, de ses techniques et particulièrement celles que j’ai découvertes chez Hassan Massoudy ou Lassaad Métoui. Deux calligraphes arabes qui ont impulsé chez moi cette envie de calligraphier. Je travaille sur l’alphabet français afin de redonner la beauté et l’équilibre graphique qu’on peut trouver dans les différents styles d’écriture arabe. La totalité des calligraphies présentes sur mon site sont en français. Bien sûr, la lisibilité est très complexe car pour certains mots, je m’autorise à n’avoir aucune règle, je place les lettres en fonction des mes envies et non de leur lisibilité. En revanche, j’essaie toujours de reporter dans la composition de la calligraphie, la phrase avec un style lisible afin d’amener le lecteur à entrer un peu plus dedans. Etant autodidacte, inventer mon style me paraissait plus pertinent et plus simple, je ne voulais pas apprendre des alphabets, mais plutôt tenter de donner à la calligraphie latine la même énergie et la même beauté que celle que dégage la calligraphie arabe contemporaine ou non. J’ai commencé à reproduire des calligraphies arabes sans connaître la signification de ce que je recopiais. Tenter de réaliser des calligraphies en Français en m’inspirant des calligraphies est ensuite venu naturellement.

"J’avais envie de véhiculer un message, des phrases fortes qui m’ont fait grandir, et particulièrement des phrases tirées de textes de rap."

Quelles sont tes influences ?
Elles sont diverses. Les phrases que je calligraphie sont tirées de citations, de proverbes, de film, d’une phrase d’un ami saoul à 3h de matin. Je m’inspire du quotidien, de mon parcours et de mes proches. Mais je calligraphie aussi beaucoup de phrases issues de textes de rap français. La culture hip-hop a bercé ma vie et a énormément influencée ma vie. Ces phrases sont relatives à mon parcours et l’envie de partager la profondeur de certaines citations à un public non-averti question hip hop.
Qu’est ce qui fait que tu vas choisir une phrase plutôt qu’une autre ?
Les phrases que je reprends sont pour la plupart subversives et porteuses d’un message fort. Je les choisis en fonction de l’émotion qu’elles provoquent chez moi et du texte duquel elles sont tirées. Pour donner des exemples de phrases et d’artistes, j’ai commencé par calligraphier des phrases de d’Ali et Booba à l’époque de Lunatic comme « le vrai pouvoir est ininterrompu » ou « j’ai vu le passé kidnapper l’avenir », les dernières que j’ai fait sont celles d’I am « J’attends la fin de leur monde » et de Tandem « J’assume si je versifie la folie ».
Quels artistes aimerait tu « quoter » ?
Despo Rutti, mec! Conscient et impulsif en même temps, tout le paradoxe qui compose le hip-hop. Je pense aussi reprendre prochainement des textes de Dead Prez, groupe de rap américain et de Keny Arkana.

"Les phrases que je calligraphie sont tirées de citations, de proverbes, de film, d’une phrase d’un ami saoul à 3h de matin..."

Comment travailles tu ?
C’est relativement long pour la création. Je commence souvent par esquisser au crayon la composition globale de la calligraphie. Cela peut se faire n’importe où suivant l’inspiration. Je bosse chez moi la plupart du temps pendant de longues heures de créations. Je ne suis pas quelqu’un qui travaille un peu chaque jour. Je travaille sur un coup de tête, longtemps ! Pour les outils : carton, plumes, automatic pen, pinceaux... Pour le support : papier généralement, rarement sur toile.
Comment se développe l’art de la calligraphie ?
Avec de plus en plus de liberté. Le graff, la typographie, la calligraphie, la création numérique, toutes ces disciplines se croisent et s’entrecroisent, s’inspirent les unes des autres. Des choses nouvelles apparaissent chaque jour comme récemment le LightGraff, qui associe gestuelle, calligraphie dans l’espace et « l’art de l’instant ». Le LightGraff offre des possibilités incroyables. La feuille blanche se transforme en décor, en mur, en immeuble, en espace vert. On peut calligraphier l’espace sur plusieurs plans ou en jouant sur les perspectives. Il n’y a pas de limite… De plus, il offre la possibilité au corps en entier de s’exprimer et plus non seulement à la main et au bras. Il y a une notion chorégraphique qui me donne encore plus de plaisir lors de la réalisation.
Peux tu nous parler des deux livres auxquels tu as récemment participé ?
Le premier est le livre « Light-graff » réalisé par le photographe Guillaume J. PLisson et le graffeur Rézine aux éditions Graff It. C’est un ouvrage qui leur a demandé deux ans de travail. Hassan Massoudy, Marko93 et Deter et moi-même avons collaboré à ce livre. C’est le premier entièrement consacré au light-graff, cette révolution calligraphique….
Le second ouvrage est le livre « Arabesque » (www.arabesque-graphics.com). C’est un état des lieux des artistes internationaux inspirés par la culture arabe et réalisé par le Designer Allemand Ben Wittner. Il regroupe calligraphes, illustrateurs, designers, typographes et graffeurs inspirés par l’écriture arabe. Le livre sort en avril et il est magnifique…

Auteur : Alino
Photos : Droits Réservés

kaalam.com myspace.com/kaalam

Photographies : Guillaume J. Plisson/libre-arbitre
Light-graff : Julien Breton/Kaalam