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Schmitto : From Paris plage to Ocean Beach

Yooo ! c’est Schmitooo ! Les inconditionnels de la Nova Radio s’en souviennent. Olivier Schmitt aka Schmitto, journaliste protéiforme, capable de dénicher une nouvelle tendance en toutes circonstances. Fasciné par la contre culture américaine, ce fils spirituel de Bizot (et adorateur de Hunter S. Thompson) parcoure les US à la recherche de la moindre curiosité musicale, sociétale et de n’importe quelle autre phénomène finissant par « ale ». Sa spécialité, l’immersion en milieu hostile (ghettos, souterrains, sectes…). On le verrait idéalement en animateur d’un Paris Dernière version trash. Soyons directs, des mecs de ce calibre, il y en a peu dans le paysage journalistique français.
Après avoir écumer ce qui se fait de mieux en matière de médias culturels (FG, Nova, Tracks), Schmitto s’attaque au print. A la rencontre d’une communauté hippie du sud de la Californie, il a trouvé son île déserte qui se trouve être une plage : OB (prononcez OBI, comme le commerce d’outillage).
Ocean Beach, c’est le « paradis sur terre », du skate, du surf, des looks et des rencontres improbables, des couchés de soleil dans le brouillard et un way of life sur mesure pour tout freak qui se respecte.
C'est toute cette freakitude que Schmitto a voulu restituer dans son premier ouvrage en forme de photo-reportage gonzo, entièrement dédié à OB. Yooo !

Street Tease : Parle nous de ton parcours dans le journalisme, as-tu suivi une filière traditionnelle ?
Schmitto : Au lendemain de mon bac, je voulais être journaliste et il fallait un DEUG pour avoir accès aux écoles. Du coup, je me suis inscris en Histoire à Tolbiac ou j’ai rencontré Elizabeth Lévy qui m’a obtenu un stage chez Globe Hebdo. J’ai délaissé mes chères études pour me consacrer à la rédaction de GH qui était complètement dingue à l’époque.
C’est ta première rencontre importante, je suppose qu’il y en a eu d’autres ?
Ma grosse rencontre, c’est Christophe Vics de Radio FG. Je commençais à aller en rave et j’ai fait sa rencontre. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé à faire mes armes de la radio sur une fréquence 100% gay. C’était vraiment un endroit hallucinant, ils étaient hyper connectés, l’antithèse de ce que peut être FG aujourd’hui. Par la suite, j’ai fait mes trois années de reportage télé pour Tracks, ce qui m’a permis de voyager un peu partout. Mais comme beaucoup de mes contemporains, ça s’est mal passé sur le long terme avec eux. Marc-Alexandre Millanvoye - qui avait connu la même expérience que moi - m’a recruté pour réaliser des portraits dans son émission Les 20 minutes les plus chères de la bande FM sur Nova. Sur la saison suivante, je me suis retrouvé à faire les bons plans.
Beaucoup de gens gardent un excellent souvenir de tes chroniques sur Nova, et ton fameux yo, il vient d’ou ?
C’est vraiment le Yo de Will Smith dans le Prince de Bel-Air, j’en ai fait mon gimmick d’accroche. C’était tellement lourd d’annoncer les soirées que j’ai commencé à parler de moi…

"C’est vraiment le Yo de Will Smith dans le Prince de Bel-Air, j’en ai fait mon gimmick d’accroche. C’était tellement lourd d’annoncer les soirées que j’ai commencé à parler de moi…"

Le meilleur souvenir de ta période Nova ?
La quinzaine cannoise qui constitue quasiment les deux semaines les plus saines de ma vie. Je devais pondre tous les soirs deux portraits d’invités en direct et quand tu te retrouves face à Jean-Marc Barr, il s’agit pas de faire l’enfant (rires). Donc je taffais réellement, tous les matins, je courrais sur la croisette comme un bon américain. J’avais toute la presse à disposition pour préparer mes fiches signalétiques, j’allais voir les films, le badge presse autour du cou. Et je me souviens m’être dit : « Souviens-toi bien de ce moment là parce que ça ne va pas durer… »
Parle nous de ta rencontre avec Bizot...
Ouaaaa… Il était très peu présent sur la radio à cette époque car ils s’occupait du Nova Mag et de ses bouquins (Vaudou et compagnies, Free Press). il avait confié la mission à Marca de s’occuper de sa radio. La seule vraie rencontre a eu lieu après que je sois rentré des ghetto blacks, j’étais allé à Baltimore, Chicago et Houston pour un projet de docu. A force d’insister auprès de son assistante, j’ai eu le privilège de me retrouver une heure avec lui dans son bureau ou il ne ferait rien d’autre que m’écouter. Ce qui était très rare car il faisait toujours 50 mille trucs en même temps !
J’ai eu un gros kiffe journalistique dans le sens ou je lui faisait écouter des sons qu’il ne connaissait pas mais pour lesquels il avait toutes les références pour comprendre.
Et à la fin de la conversation - je lui avais proposer un concept d’émission bien foutraque sur le créneau du samedi soir - il me dit : « Ecoute Schmitto, avec ma maladie, j’ai eu tout sauf le temps de m’occuper de quelqu’un comme toi et malheureusement les gens de Nova ne savent pas traiter avec les caractériels »
J’ai un peu le sentiment d’être arrivé « juste après » la grande période, que ce soit chez Nova, FG ou Tracks…

"Sur une ville dix mille habitants, tu as 3 générations de hippies accueillants, tolérants et pas du tout haters, aussi extrême que tu puisses être dans ton délire."

Comment est né ton projet de book ?
C’est le rédac chef de Newlook qui m’a proposé un voyage de presse à San Diego pour le lancement d’un jeu vidéo, ou je n’étais jamais allé, malgré mes rêves de gamin de BMX, skate… Je voulais prolonger mon voyage pour rester quelques jours de plus, j’ai donc échangé mes billets pour découvrir Ocean Beach, une sorte de plage alternative complètement freaks ou le soir tout le monde va sur la sable fumer des spliffs et applaudir le coucher de soleil… A la fin du séjour, je quitte le design hotel du centre de San Diego, direction OB en mode gonzo. Me voilà dans une auberge de jeunesse qui se trouve être le rendez vous de tous les gens les plus dingues de la côte, américains ou étrangers. Je me sentais chez oim, bien loin du Paris-Paris ou des soirées Clark ou tout le monde se regarde de la tête aux pieds… Là-bas, tout le monde se ballade en skate qui est un moyen de locomotion de 7 à 77 ans. Tout le monde fait du surf ou du long board. Sur une ville dix mille habitants, tu as 3 générations de hippies accueillants, tolérants et pas du tout haters aussi extrême que tu puisses être dans ton délire.
C’est super agréable de constater qu’aux Etats-Unis, il existe encore des îlots de liberté ou les gens profitent de la douceur de vivre sans se préoccuper du dieu Dollar.
Mon île déserte est là-bas…
Et tu commences à prendre des photos… Au départ, tu te fais renvoyer balader ou le courant passe, d’emblée ?
Comme je le raconte dans le livre, j’avais emprunté l’appareil photo d’un cousin qui était l’équivalent d’un paquet de clopes en 5 millions de pixels. Très rapidement et sans trop réfléchir, en voyant toute cette diversité de look, je proposais aux gens de les shooter. En fait, dès le premier regard tu sais si ça va passer, il y a une facilité de contact hallucinante. Ils ont cette culture du show off… En même temps, des gens aussi pointus dans leur style vestimentaire, un mec avec une crête de 50 centimètres et un perfecto sur la plage, à priori il ne cherche pas à passer inaperçu…
Combien de photos tu ramènes de ton périple ?
La bonne moitié est dans le bouquin. J’ai sélectionné les gens sur lesquels j’avais quelque chose à raconter, au delà de leur look.

"Un mec avec une crête de 50 centimètres et un perfecto sur la plage, à priori il ne cherche pas à passer inaperçu…"

Y-a-t-il un cliché que tu souhaites mettre en avant plus qu’un autre ?
Peut-être la première tof avec Bree, une locale de 16 ans dont les parents sont hippies, qui vient de prendre son premier acid gracieusement offert par son pote Junior. J’avais envie de mettre en avant ce lifestyle purement du sud de la Californie.
Tenté par un volume 2 ?
Je pense beaucoup à Vegas qui est une ville au milieu de nulle part de 2 millions d’habitants qui grossit à une vitesse exponentielle et dont la plupart des gens travaillent dans l’industrie du jeu. Pour te donner une idée du côté fascho du maire de Las Vegas, il a proposé qu’on coupe un doigt aux taggers récidivistes. En ce moment, il y a des mecs qui vident des extincteurs et s’en servent comme des bombes. C’est une ville qui m’intrigue…

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Mpy Was Here

myspace.com/obpp

Ocean Beach ! A Schmitto Adventure in Ocean Beach, California (Lazy Dog/Vans)
Disponible dans toutes les bonnes épiceries.