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Danger : Geekorama

Artiste total, Danger contrôle tout. L'image et le son. Ce graphiste de formation passionné pas le Old School Videogaming et les synthés de Jean-Michel Jarre s'essaye avec succès aux sonorités électroniques. Le lyonnais d'origine intrigue par la chronologie dévastatrice de ses premiers tracks - chaque morceau est en fait un horaire - et la qualité de ses remixes (Sébastien Tellier, Estelle...).
Nous avons voulu en savoir plus sur la filiation de ce talent brut et pas si Danger(eux).

Street Tease : Danger, qui es tu ?
Danger : Je suis d’abord un graphiste/illustrateur lyonnais qui aime beaucoup les jeux vidéos, les films, Internet et tout ce qui est lié à un écran. Tout ça formant un peu ma musique, au travers d’univers que je crée, Danger est un de ces univers qui regroupe l'essentiel de mes passions dessin, animation, illustration et musique bien sûr.
Ton univers s’inspire du videogaming ?
Honnêtement, les premières musiques électroniques que j’ai entendues étaient celles des jeux vidéo, ou des BO de films . C’est la musique par l’écran, qui a formé mon oreille. En fait je n’avais pas d’intérêt pour la musique, je me suis mis à en écouter assez tard. Assez vite, je me suis rendu compte que j’étais touché par les musiques dans les médias, mais c’était toujours en lien avec l’image.
Et Jean-Michel Jarre, c’est pour la harpe laser ou le concert en bas des pyramides d'Egypte ?
Oui c’est vrai qu’il a un côté kitsch rigolo, mais surtout c’est pour les synthétiseurs. Je suis un amoureux du son kitsch des synthés de cette époque, du fait de leur naïveté caractéristique. Dès que les synthés ont commencé à raffiner leurs harmoniques, on a perdu un truc intéressant. Même la façon de composer de Jarre avec des mélodies simples et naïves sans trop de notes me touche. Mais je suis fan de plein d’autres compositeurs du même ordre…
Tu as acheté les compiles Synthétiseur au début des 90’ ?
Mais grave ! Synthétiseur volume 13, ça tue ! Ma mère a même un best of de Richard Clayderman au synthétiseur mais la c’est la pire compile de la terre, c’est affreux (rires).
Une question envoyée par maître Capello : « danger : se dit de quelque chose pouvant affecter l’intégrité négativement ». En quoi peux tu affecter négativement mon intégrité ?
Non mais en fait Danger est une anti-définition de moi même, je ne suis pas du tout dangereux au contraire, je flippe de tout. Et c’est un constat que j’ai fait, on voit ce mot Danger partout, à la télé, dans la rue, sur la route, dans les gares. Ils nous font flipper avec les paquets piégés, je vois des bombes de partout, danger, danger, danger!
Alors qu’en fait c’est cool, il se passe rien ! Par réaction, j’ai fait une espèce de personnage reflet de ma paranoïa. Tu vois l’univers Danger, c’est quelque chose de massif, de monolithique, la jungle, des pyramides, un truc qui te domine, en fin de compte, un peu de la même manière que mes peurs, et l’extérieur me dominent. Je n’incarne pas mon univers, j’en suis la victime.

"Tant que j’ai un poil de notoriété j’en profite pour faire un maximum de trucs. Et quand ça marchera plus en musique je retournerai à mes BD, mes illustrations et au graphisme."

Ton visuel représentant une pyramide dans la jungle m’a fait penser à la planètes des Cosmocats.
Mais à fond ! Dans les années 80, les dessins animés, les bd, toute la science fiction, projetaient une vision du futur à l’infini avec des planètes désertiques. Un héros seul dessus avec dieu, et une vision minimaliste qu’on a perdu. Dans la SF aujourd’hui on a perdu cette vision de l’infini, on est dans une réalité proche, dans une projection de ce que pourrait être notre environnement.
J’aimais bien, ces trucs de grosses planètes toutes pourries…
Retour sur terre, parle nous un peu de tes remixes?
En fait ce sont tous des commandes. Le seul coup de cœur que j’ai eu, c’est pour Symbol One, un morceau qui s’appelle Love Juice, super 80’s qui n’est sorti nulle part, mais le track sonne tellement comme un générique TV que j’ai kiffé le rendre encore plus emphasé, encore plus Mac Gyver.
Et l’album ?
J’y travaille, je prends mon temps, je veux que ce soit bien. Pour moi c’est un concept très générationnel, ça va passer par les BD, par toutes mes influences. C’est un projet global qui dépasse la musique. Je prépare 3 clips en ce moment, un maxi pour septembre, cet été des remixes, et l’album pour début 2009. C’est surtout la partie visuelle qui me prend du temps. Ça va tuer !
En plus j’ai plein de projets à côté, j’ai bossé sur une expo au palais de Tokyo [Super Dome]. Je bosse sur la BO d’un film porno qui sera projetée en musée.
Tant que j’ai un poil de notoriété j’en profite pour faire un maximum de trucs. Et quand ça marchera plus en musique je retournerai à mes BD, mes illustrations et au graphisme.
Dans ton top friends myspace, figure Kavinsky, un artiste dont l’univers est proche du tien…
Il faut pas regarder mon top friends, c’est un truc d’enculés, c’est n’importe quoi, il faut que je le change. Il y a des gens qui m’ont soutenu au début, des potes de classe... Et Kavinsky, je kiffe ses sons. Il y a une filiation et nos univers sont proches. On est toute une génération a avoir eu les mêmes influences et je le dis partout mais mes sons étaient produits un an avant que Testarossa Autodrive (le maxi qui a révélé Kavinsky ndlr) ne soit publié. Je dis pas ça pour me justifier, mais je fais ce que j’ai envie de faire, sans regarder à côté, et lui et moi on est pas dans le même entourage.
Je pense qu’il y a de la place pour plusieurs projets comme les nôtres, on fait tous les deux de la zique avec de la narration qui se nourrit d’images.

"Dernièrement, j’ai tripé sur de l’Euro Dance, What Is Love de Haddaway, c’est le Danger des années 90."

C’est quoi le dernier morceau que tu aies eu dans la tête sans pouvoir te le sortir du crâne de la journée ?
Dernièrement, j’ai tripé sur de l’Euro Dance, What Is Love de Haddaway, c’est le Danger des années 90.
Une question envoyée par un ami de Street Tease, Jaques Chancel : Les grecs anciens avaient coutume de dire "La Beauté est un équilibre entre contraste et harmonie" et pour toi ?
Tu me demandes une définition du beau à 23h ! Je vais te sortir des conneries de philo. Mais je pense que si un gars fait une œuvre et qu’il y met tout son cœur, son amour, et son énergie, c’est cool et respectable. C’est de la merde cette phrase ! (rires).
C’est comme dans Indiana Jones, le graal, à la fin il faut pas prendre le truc doré sinon tu meurs et en plus ça fait peur !
Non mais plus sérieusement, c’est comme la tecktonik ou le tunning, c’est vrai que ça fait marrer, mais c’est des gens qui y foutent toute leur énergie et c’est respectable. C’est la culture prolo avec ses codes particuliers… je respecte. Tu vois le clip de Signatune de Gavras avec le concours de son, les mecs y mettent tout ce qu’ils ont. Ça se respecte.
Pourquoi avoir choisi Ekler O’ Shock ?
Les sous man ! Mathieu, le boss du label a tellement de chevalières qu’il pourrait s’acheter une maison avec !
Non mais en fait j’ai toujours fait plein de musique, mais pour le délire et je m’étais jamais dis que je sortirais un truc. Bref, j’étais en stage, je me faisais chier et j’ai fait mon myspace, j’ai trouvé le nom, fais les visuels tout ça pendant le stage et j’ai eu des très bons retours de suite. A cette époque j’aimais beaucoup Data et j’ai passé un mail à Ekler O’ Shock et deux jours après j’avais une réponse. J’ai contacté personne d’autre, et je ne regrette pas.
La question que tu rêves que l’on te pose ?
Un vieux défi sur NEO-GEO, un vieux shoot sur console et parler vraiment en langage nerd. Tu connais les jeux vidéo ?

Auteur : Julien Furet
Photos : Tarik B.

Le Myspace de Danger