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Kanthos : Fuck That World

Il fait parti des petits as de la blogosphère. En moins d'un an, Fuck That Wold est devenu un passage obligatoire sur la Toile. Son lifestyle (web)magazine est devenu l'un des plus pointus en matière de musiques actuelles et de street wear, en France. Il aurait pu s'arrêter là, et faire prospérer tranquillement son webmédia mais ce n'est pas dans son tempérament. Anthony Audebert alias Kanthos a décidé de prendre des risques et de développer de jolis projets indépendants, uniquement motivé par la volonté de prendre un maximum de plaisir avec peu de moyens mais beaucoup d'envie et d'énergie, du savoir faire (et du faire savoir).
Aujourd'hui, sa mini structure est à l'origine d'une excellente compilation électro et d'un net label archi dynamique. Rencontre avec le polyvalent et non moins sympathique Kanthos.

Street Tease : Quand est né FTW et pourquoi ce nom ?
Kanthos : FTW est né il y a un an lors de la mise en ligne du blog durant l’été 2007. Pour le nom, l’idée était tout simplement d’avoir quelque chose de facilement mémorisable, qui fait réagir, et ce « Fuck That World (FTW) » avec son logo simple noir sur blanc, je l’avais créé un an auparavant pour une ligne graphique qui n’a jamais vu le jour. Et puis, même si on est loin d’être des contestataires, au final ce « fuck that world » nous correspond bien : on veut trop souvent tout ranger dans des cases, tout codifier. Nous, on s’en fout. Oui, on a aimé l’album de Justice, et pourtant on ne porte pas de slim et de blouson de cuir, on est plutôt tees et sneakers, et même si on n’est pas bling-bling, on aime aussi la culture hip-hop et on connaît son histoire. Mais aujourd’hui, « fuck that world » est seulement présent dans l’adresse web du site, FTW est véritablement le nom du collectif.
Pourquoi cette volonté de créer un média en ligne, quelles ont été tes motivations ?
J’avais un blog perso auparavant, une des motivations premières était de passer à quelque chose de plus collectif et sous un nom impersonnel. Et puis internet, c’est quand même formidable. Avant t’avais uniquement le format papier, mais pour sortir ne serait-ce que ton premier numéro, fallait un minimum de budget, faire des démarches en préfecture… Avec le web, la création d’un média devient facile et pratiquement gratuite. Et pas de problèmes de distribution ! Le web te permet en plus de pouvoir être réactif de pouvoir toucher un lectorat beaucoup plus large sur le plan géographique et de niche. Mais la principale motivation a surtout été l’envie de présenter ce qui nous plaît, de le partager.
Quelle est la ligne éditoriale de FTW ?
Music fashion art & urban lifestyle. Tout est dit. On trouve les travaux d’un graphiste plutôt pas mal, on le présente. Une paire de sneakers stylée, même chose. Pour la musique, c’est vrai que ça tourne en majorité autour de la scène électro. A la différence de pas mal d’audioblogs, on a fait le choix assez rapidement de ne poster que des mp3 envoyés directement par les artistes et labels ou avec leur accord. Pas de mp3 piratés sur myspace ou autre, tout simplement par respect. Après, comme je te le disais avant, on a surtout envie de partager ce qui nous plaît.
On propose aussi des interviews, des mixs exclusifs réalisés par des artistes, connus ou non, et de temps en temps le site est partenaire d’événements avec places à gagner, cd... Certains nous reprochent de rédiger des posts très courts. Même si on est un média, on n’est pas journalistes à la base et on préfère que le lecteur se fasse une idée lui-même…

"Mais la principale motivation a surtout été l’envie de présenter ce qui nous plaît, de le partager."

Tu as développé, en marge du site, plein de projets parallèles (soirées, net label, management d’artistes…), peux tu nous parler de ces activités ?
Tout ça s’est fait sans que ce soit vraiment réfléchit au départ. En plus du blog, la volonté de départ était d’essayer d’amener quelque chose de nouveau dans notre ville de province (Angers ndlr), de la faire bouger un peu plus en y organisant des soirées. La scène électro ici est plutôt minimale/techno et installée depuis 10 ans. Personne ne proposait des soirées se rapprochant des styles qu’on affectionne, alors plutôt que d’attendre que quelqu’un se bouge, vaut mieux prendre les choses en main. Après les choses se sont accélérées. L’audience du site a augmenté, nos soirées ont commencé à se faire connaître en local… Le net-label a été une suite logique de tout cela, mais qui n’aurait pas vu le jour si je n’avais pas d’amis proches talentueux comme Young P 3018 qui a vraiment son style, son propre son, et le trio I’M Fresh! You’Re Pretty ! et leur electro rock à la sauce nu-rave. Ajoutes-y une djette, MDMX, et un jeune surdoué des machines, Dany Gold, et tu obtiens une écurie qu’il faut nourrir, d’où le management d’artistes et l’organisation de soirées pour se produire en plus du booking sans rester concentrer uniquement sur notre ville. En gros, FTW c’est donc un collectif sous une forme juridique associative avec trois activités : média web, net-label, et organisation d’événements.
Tu as publié récemment une compilation digitale, For The Win (qui étais d’ailleurs également le nom d’une compile éditée par Surface To Air, Pour la Victoire, en français dans le texte), comment as tu monté ce projet, dans quel but ?
On va dire que cette première compilation du net-label était un test. Allait-elle être téléchargée ? Quels retours allions-nous avoir ? On pensait tout d’abord proposer des maxis de nos artistes, et puis au final on a trouvé que l’idée d’une première compilation, pour faire connaître ce nouveau label et ses artistes était préférable, que cela nous permettrait d’avoir plus d’impact, le tout sous une forme digitale et gratuite. Pour le nom de la compil’, FTW signifie For The Win pour les anglo-saxons, alors oui c’est un peu prétentieux, mais on n’allait pas faire les hypocrites, on ne fais jamais rien pour rien, autant l’assumer.
Tu fais quoi dans la vie, FTW te prend combien de temps par jour, combien êtes vous chez FTW ?
Vouloir lancer un média ne s’est pas inventé, j’ai fait des études communication et je bosse dans la communication. C’est vrai que maintenant, FTW me prend de plus en plus de temps, entre poster sur le blog, faire la promo et organiser la prochaine soirée, prendre bon nombre de contacts pour être booké, organiser d’autres soirées, développer des partenariats pour le site… un vrai second job quoi, mais comme qui dirait, « c’est que du plaisir ».
Derrière FTW, un collectif, avec des artistes/producteurs donc, mais aussi des graphistes, webmasters, de nouveaux rédacteurs, me demande pas combien on est, je n’ai jamais compté, y’a surtout autour de tout ça une bande de potes aussi qui a son importance, c’est important le soutien, l’apport d’idées…

"FTW me prend de plus en plus de temps, entre poster sur le blog, faire la promo et organiser la prochaine soirée, prendre bon nombre de contacts pour être booké, organiser d’autres soirées, développer des partenariats pour le site… un vrai second job quoi, mais comme qui dirait, « c’est que du plaisir."

Quelle est ton ambition pour le site, sur le long terme ?
Après un an passé sous forme de blog, le site va évoluer sous peu sous une forme plus magazine, un webzine donc, avec d’autres rédacteurs, plus de chroniques de disques, des partenariats plus réguliers avec des événements, mais cela prend du temps à développer, l’idée étant d’être réellement perçu comme un média et non plus comme un blog.
Concernant FTW et les autres activités, des maxis sont à venir pour la fin de l’année et on réfléchit à une évolution du net-label vers un statut de « vrai » label avec la vente en ligne sur des plates-formes digitales. On travaille aussi au développement et à l’organisation de soirées plus importantes en partenariat avec plusieurs salles en France, en province et sur Paris, mais vous aurez d’autres infos à ce sujet prochainement.
Il y a plein de gens qui ne savent pas que tu vis à Angers et qui pensent que tu es un parisien pur jus, c’est l’un des gros avantages du média internet, tu peux faire de la qualité ou que tu sois pour peu que tu sois motivé et connecté ?
Oui tu as tout à fait raison ! Internet te permet de recevoir ou d’aller chercher l’info où que tu sois, tu peux de chez toi construire quelque chose sans forcément rencontrer les personnes, suffit comme tu le dis d’avoir une connexion et du temps à passer. Après je t’avouerai, le seul défaut d’être à Angers, c’est de ne pas pouvoir aller aux soirées, vernissages auxquelles on nous invite parfois, ce qui arrange bien certains de mes amis parisiens. Il y a quand même du bon en province, dans une ville ni trop petite, ni trop grande, car quand tu fais quelque chose et que cela marche, tu as vraiment l’impression de contribuer à la vie de ta ville, à la faire bouger. Je dirai d’ailleurs que c’est une étape avant de voir plus grand, étant donné que maintenant, même si on continue à y faire des soirées, on est plus sur « l’exportation ».
Ton sentiment sur la blogosphère actuelle et plus largement sur le petit marché des webmagazines en France, dont l’offre a considérablement augmenté ces derniers temps…
Sur le web, il y a deux types, les blogs et les webzines de qualité. Sur les blogs, depuis le succès de Fluokids, on a vu apparaître dans le même temps que l’émergence de la « french touch 2.0 » toute une série d’audioblogs y allant de son mp3 téléchargé ci et là. Certains se sont professionnalisés et d’autres sont devenus incontournables, pour ça que nous devions à tout prix nous démarquer, car nous sommes apparus en pleine mode du blog, on le reconnaît. Mais il y a de la place pour tout le monde sur la toile, pour peu de ne pas être une copie supplémentaire, car des copies, il y en a beaucoup trop, on retrouve souvent les mêmes tracks à télécharger, et au final, beaucoup espèrent juste avoir leur ¼ d’heure de gloire sur la toile. Certains sont spécialisés dans la zic, d’autres dans le graphisme, d’autres dans les sneakers. Nous ne voulions pas avoir à faire de choix, juste parler de notre univers culturel. Au final, même si d’apparence nous sommes un blog, nous sommes aujourd’hui reconnu comme un webzine par les labels, certaines marques, d’où la nécessité de faire évoluer le site.

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Droits Réservés

Fuckthatworld.com Pour télécharger la compilation For The Win