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James Di Salvio : Bran Van 2008

Les voyages forment la jeunesse. James Di Salvio, Montréalais pur jus, maman hôtesse de l'air, a passé son enfance aux quatre coins de la planète et a vite saisi l'intérêt d'une telle aubaine. Très tôt, il rentre au pays avec les poches pleines de disques, il découvre la musique en formation accélérée. A l'époque, le mp3 n'existe pas et pour se procurer les dernières galettes avant tout le monde, il faut voyager. En toute logique, le jeune québécois devient DJ, après tout, il faut bien exploiter le filon et que faire des milliers de disques entassés dans sa chambre ? James est curieux de tout, la new wave, les musiques électroniques, le reggae, la culture hip hop... Il parfait sa formation de mélomaniaque jusqu'au jour ou il décide de fonder un groupe, réceptacle de ses multiples influences. Bran Van 3000 est en marche.

Pour bien comprendre les origines de Rosé, un petit rappel des faits s’impose. Le premier album du collectif Bran Van 3000 fondé par James Di Salvio est un disque fondamental de la fin des 90', prémonitoire de ce qu'allait être la musique d'aujourd'hui. Di Salvio est DJ de formation et le québécois adore superposer les styles dans ses sets, du reggae au rock, de l'électro au rap.

« Comme tous les gamins de mon âge, j’écoutais les Clash dans ma chambre, mais je me voyais vraiment pas faire de la musique plus tard. Ma maman était hôtesse de l’air et j’ai eu la chance de voyager très tôt, notamment en Europe. J’ai commencé à ramener plein de disques, je revenais avec les derniers albums des Stray Cats, de Depeche Mode. Aujourd’hui encore, j’écoute de tout, j’aime beaucoup M.A.N.D.Y., le Dirty South et je suis un grand fan de Michael Mayer (fondateur du label Kompakt et de Supermayer ndlr) »

Le mille feuille Glee

Glee est une synthèse de toutes ses influences, un crossover permanent. L'abolition des frontières est déclarée. Cette démarche va fortement encourager ce type de collage protéiforme que l'on retrouve dans un autre disque majeur de ce début de siècle, le As Heard on Radio Soulwax de 2 Many DJ's. Glee alterne les balades ensoleillées (Drinking in L.A., Come on Feel the Noise, Couch Surfer), les morceaux plus énervés tel Rainshine (le track le plus révélateur de l'univers métissé du groupe) et constitue une bande son quasi idéale pour s'élancer sur la route des vacances. A noter également la présence fondamentale de Jean Leloup alias John The Wolf et figure incontournable de la scène rock québécoise, ami de longue date de James, qui a co écrit certains textes de l’album.

Le disque rencontre un véritable succès commercial, et autorise le groupe à jouer en première partie de têtes d’affiche à l’envergure internationale.

"J’étais à Coachella l’année dernière en spectateur, en lisant l’affiche, je vois le nom de A-Trak en énorme et je me dis c’est pas vrai, ce gamin n’avait que 15 ans quand il faisait nos premières parties en 1997, et maintenant il est tête d’affiche dans le plus gros festival US !"

« Nous avons fait les premières parties de Bjork sur la tournée Homogenic et de Massive Attack. J’ai le souvenir d’avoir joué devant 40000 personnes à Québec pour un concert gratuit. J’ai une anecdote à ce sujet, j’étais à Coachella (au festival ndlr) l’année dernière en spectateur, en lisant l’affiche, je vois le nom de A-Trak en énorme et je me dis c’est pas vrai, ce gamin n’avait que 15 ans quand il faisait nos premières parties en 1997 et maintenant il est tête d’affiche dans le plus gros festival US ! »

La soul s’invite dans Discosys

Mais James ne perd pas le nord, il continue à beaucoup voyager, son activité de DJ lui permet de sillonner la région des Grands Lacs et son point de chute favori est Chicago, bastion de la culture noire américaine et de la Soul music.

« Si tu aimes la Soul américaine, il faut se rendre à Chicago. »

Dès lors, sa volonté de collaborer avec de grandes stars locales telles que Curtis Mayfield, icône ultime de la Blaxploitation à égalité avec Isaac Hayes, est inaltérable. Il parviendra à composer un track spécialement pour lui, peu avant le décès de ce dernier. Dans la lignée de Superfly, film pour lequel Mayfield a composé la Bande Originale (1972), le morceau est une réussite et deviendra le tube de Discosys, deuxième effort de Bran Van 3000, publié en 2001, un album moins rock dans la structure. Dans la plus pure tradition Bran Van, le disque laisse libre court aux expérimentations préconisées par Di Salvio.

« On voulait juste monter un pop band electro groovy et soul. Sur Discosys, on a eu plus le temps de composer et de tourner comme un groupe de rock, avec des tracks plein de drums. Beaucoup de gens en Amérique du Nord porte des tee shirt « Drum Machine are killing Music » mais tomber dans le fondamentalisme n’a jamais résolu les problèmes (rires). »

Le second volet des aventures de Bran Van 3000 est bouclé. Le groupe s’éparpille et Di Salvio reprend son road trip, il en a besoin, c’est plus fort que lui. Pas de musique sans voyages, pas d’inspiration sans rencontres. Le Québécois fonctionne de la sorte, il se nourrit de ça. Que s’est il passé dans ta vie James pendant ces six longues années ?

"Avant de trouver un nom à Rosé, on avait baptisé les enregistrements Obama Mixtape. C’est notre disque des années Obama. On fait de la musique très positive. A l’époque de Glee, on jouait à la limite du punk, aujourd’hui on est à la frontière du R’N’B, Je ne pensais pas un jour dans ma vie composer des mélodies sur du 60 bpm ! Ok Baby let’s get down !"

« La vie est passée, j’ai rencontré beaucoup de mes musiciens dans la rue. J’ai fait pas mal de productions pour les copains. Je suis parti vivre en Jamaïque pendant quelque temps et je suis revenu avec plein de vibes musicales hyper positives. »

Rosé, premier disque de l’ère Obama ?

Puis l’envie de composer est revenue mais pas question de repondre deux fois la même chose, il fallait innover, donner un troisième souffle à Bran Van. Les productions du groupe sont tellement riches qu’une remise en question s’impose à chaque nouvelle étape.

« Rosé est une connexion avec le G Funk. On a travaillé pendant un an et demi sur le disque, on a pris notre temps, on était pas pressé de sortir le disque. Sur la production, j’ai été pas mal inspiré par le travail de RZA sur le dernier disque du Wu Tang. »

Voici la direction du nouvel opus de Bran Van, décidément là ou on ne l’attend pas…
Cette dynamique hip hop dévoile une nouvelle facette du potentiel du groupe. Sur Mon Real, Di Salvio flirte même avec le dancehall, sans doute un excellent souvenir de son séjour prolongé en Jamaïque. Sans oublier les fondamentaux Soul sur Forever et Call me, des pistes que n’auraient pas renier Roy Ayers ou Al Green. Rosé surprend par sa diversité, son apaisement, son optimisme. Une révélation confirmée par James lui même qui a également ramené de Chicago un engagement politique certain.

« Avant de trouver un nom à Rosé, on avait baptisé les enregistrements Obama Mixtape. C’est notre disque des années Obama. On fait de la musique très positive. A l’époque de Glee, on jouait à la limite du punk, aujourd’hui on est à la frontière du R’N’B, Je ne pensais pas un jour dans ma vie composer des mélodies sur du 60 bpm ! Ok Baby let’s get down ! »

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Mpy Was Here

myspace.com/branvan3000

Rosé est distribué en France par Archambault/Wagram, disponible à partir du 13 octobre.