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Guillaume Boulez : Mon Rêve Américain

Le provincial qui réussit à Paris relève de la formule balzacienne, le fameux Rastignac. Mais comment baptiser le petit frenchy qui débarque dans la grande pomme, la ville de tous les possibles ? If you make it there, you'll make it everywhere ! A condition de s'en donner les moyens...
Arrivé sur la pointe des pieds il y a 4 ans, sans un dollar en poche, Guillaume réalise son rêve américain au contact des grands noms de la mode. Il a d'abord travaillé pour Zac Posen et ThreeAsFour, il habille aujourd'hui les stars au côté d'Alicia Lombardini.
Nous l'avons rencontré dans son studio, sur son lieu de travail, il nous a raconté son quotidien de New Yorker.

Street Tease : Peux tu nous parler de toi, de ta sensibilité au stylisme, à l’univers du vêtement. Quand a eu lieu le fameux déclic ?
Guillaume Boulez : Hum….c’est un peu difficile à dire. Je crois que je ressemble à beaucoup de petits garçons qui ont fini dans la mode, c’est quelque chose que j’ai toujours eu envie de faire. Le vrai déclic, je le dois à ma dernière année de lycée. J’étais en section arts-plastiques et j’ai participé à une expo/concours ou j’ai gagné la chance de faire ma propre expo. Mon thème était la Mutation du Corps et ses Transformations et la phase terminale du projet consistait à réaliser les silhouettes que j’avais dessinées en 3D. J‘ai donc découpé et cousu des robes à l’aide d’une amie, et puis on a fait un mini défilé pour ouvrir le show.
Une fois l’expo terminée, je me suis rendu compte que je préférais confectionner des robes plutôt que la peinture. Après ça, j’ai fait une école de mode à Paris et puis j’ai travaillé plusieurs années dans des bureaux de styles pour les designers américains, et un jour je me suis dit que c’était le moment où jamais de me lancer dans le stylisme, ça faisait quelques années que j'en avais envie.
En quoi consiste exactement tes nouvelles fonctions du sein du studio d’Alicia Lombardini ? Prends tu plus de plaisir que lors de tes collaborations avec Zac Posen ou ThreeAsFour par exemple ?
Je suis le premier assistant d’Alicia, donc mon travail commence tôt le matin, j'ouvre le studio et je l'assiste également sur ses photo shoot. La plupart du temps, je prends contact avec les bureaux de presse quand on prépare un shoot et j’essaye de faire en sorte qu’Alicia puisse se concentrer sur le thème du job et sur le stylisme une fois qu’on est en shoot. J’essaye de faire du mieux possible pour que tout se passe bien et que son job soit plus facile.
Donc je fais aussi des trucs un peu moins glamour comme passer des coups de fil aux plus grandes maisons de couture. C’est vraiment différent de ce que j’ai pu faire chez ThreeAsfour ou Zac Posen. Là je faisais parti du studio de design donc c’est du dessin, de la recherche et des rendez-vous chez les vendors pour faire faire les protos. Ce sont deux mondes totalement différents. C’est vrai que quelque part il y a une certaine satisfaction de recevoir ton proto après avoir travaillé aussi longtemps dessus mais de l’autre côté quand tu ouvres la housse de vêtement qui vient d’être livré et que tu tombes sur une robe haute-couture de la maison Dior…

"Il y a une certaine satisfaction de recevoir ton proto après avoir travaillé aussi longtemps dessus mais de l’autre côté quand tu ouvres la housse de vêtement et que tu tombes sur une robe haute-couture de la maison Dior…"

A quoi ressemble une journée type ?
J’ai pas vraiment de journée type, ça dépend si on a un gros shoot à préparer ou si on habille une célébrité. A certains moments je bosse de 6h du mat jusqu’à super tard le soir, il faut que j’appelle l’Europe et avec le décalage horaire il faut que je me lève super tôt, d'autre fois, ce sont les call-time des shoots. En général, avant un shoot, je dois récupérer toutes les pièces de vêtement ou accessoires pour Alicia (donc je passe mes journées au téléphone et à faire des listing) et après le shoot, je dois tout organiser pour les renvoyer aux bureaux de presse.
Je crois qu’après le décès de mon père, j’avais besoin de partir, vraiment l’idée d’aller à l’étranger ne m’avait pas vraiment attiré jusque là. J’ai essayé d’aller à Londres mais ça n’a pas marché donc j’ai décidé de venir à New York. Mais vraiment ça n’a pas été facile, au bout d’une semaine ou deux j’ai failli rentrer en France parce que je trouvais cette ville trop difficile. Par exemple, je suis resté coincé dans la rue à 4h du mat' parce que ma clef pour rentrer dans l’immeuble marchait une fois sur deux, pour la première fois je me suis fait agressé dans la rue !
Au départ, je ne trouvais pas de grandes surfaces quand je suis arrivé et comme c’était en pleine fashion week, on travaillait tôt jusqu'à tard le soir, pendant un mois j’ai mangé uniquement au MC Donalds ou de la pizza au coin de la rue. Une amie australienne qui vivait ici depuis 2/3 ans m’a dit que si j’arrivais à survivre dans NYC, j’arriverai à survivre dans toutes les villes du monde, ça fait un peu cliché mais elle avait raison. Je crois que c'est une ville super dure à laquelle il faut s’adapter et non l'inverse. C’est pas uniquement une question de langue ou de culture, c’est juste NYC!
Ça fait 3 ans que tu es là et tu sembles en tout cas pleinement épanoui dans ta nouvelle vie de « New Yorker »…
Bientôt 4... ça va, j’ai mes marques maintenant et je dois même devenir un peu new-yorkais. Il paraît que ça prend 10 ans. Je crois que comme partout tu t’habitues aux gens, aux endroits, et puis quand tu connais tu ne cherches plus ton chemin.

"[A Paris] J’ai l’impression que les gens qui travaillent dans la mode sont moins stressés et qu’ils s’amusent un peu plus, ici c’est plus vu comme un business."

Quelles sont selon toi, les principales différences si tu devais exercer le même métier à Paris ?
Les gens et leur contact, ici, tu parles très rarement au bureaux de presse, tout se passe par email, et personne ne répond à son téléphone alors qu’à Paris, il y a un contact plus humain, beaucoup de choses se passent par téléphone. J’ai l’impression que les gens qui travaillent dans la mode sont moins stressés et qu’ils s’amusent un peu plus, ici c’est plus vu comme un business.
Le relationnel est fondamental dans ton travail mais quelles sont les rencontres qui t’ont le plus marqué dans le milieu de la mode ?
J’ai rencontré des gens vraiment cool ici pour plusieurs raisons, du fait que je bosse dans la mode et aussi parce que c’est NYC. Mais le réveillon chez Bjork et Matthew Barney constitue un souvenir assez particulier, mais je suis pas sûr d’avoir des histoires croustillantes sur cette nuit là, c’était juste Noël... J’avais pas de famille ici et tous mes amis étaient rentrés dans la leur mais à New York il y a toujours plein de soirées cools pour Noël avec tous les petits orphelins. Je me suis donc retrouvé à passer Noël avec des amis dans la maison de Bjork et Matthew, ils avaient organisé des petits bus pour nous emmener chez eux à 1h30 de New York. Matthew et son frère faisaient rôtir un cochon sauvage dans le jardin, et tout le monde discutait autour du feu de cheminée. Il n’y avait pas encore de neige. Bjork avait fait venir des chœurs, et avait préparé un vrai festin arrosé au champagne. On est tous rentré à Manhattan où finalement il neigeait, je crois que c’est mon meilleur souvenir de NYC… On était tous un peu ivre et la ville était complètement recouverte de neige, comme il était tard personne n’avait encore marché sur la neige et c’était vraiment super beau !

Auteur : @FrancoisChe
Photos : David Needleman

guillaumeboulez.com

Photographie : David Neddleman | Opus
Stylisme : Guillaume Boulez
Mannequin : Drielle Valeretto | One Model Management
Maquillage : Martin Wieser
Coiffure : Charley | propertyoflove@gmail.com