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Elroy : GTI Turbo Club

Graphisme, illustration, vidéo, VJ, DJ, tunning (lol). Elroy c'est un peu tout ça à la fois et aucune discipline ne lui résiste. Le toulousain aime jouer sur tous les tableaux, c'est plus fort que lui. La peur sans doute d'être confiné dans une case, un syndrome typiquement franco-français.
En 2006, il monte Incog, un studio de création, en étroite collaboration avec Neopen. Le duo enchaîne (comme Kool Shen) créa web, print et motion design. Cette rampe de lancement débouche sur PLAY. Elroy intègre - toujours avec le fidèle Neopen et Pierre Vanni aka la nouvelle mafia artistique toulousaine - le collectif de VJ 2.0 qui collabore notamment avec les Nuits Sonores et plus récemment Bisou GTI, structure hybride qui mêle images et musique. Un bon moyen pour Elroy de se découvrir une nouvelle passion : le mix.
Récit.

Ça vient d’ou Royo Pépito de la Muerte ? Tu as des ascendances mexicaines - je fais référence à son ancien profil Facebook - ?
Oui je suis un descendant de la noblesse mexicaine. Mon grand-père est arrivé en France après avoir raté sa Revolución, Il s’opposait aux guérilleros Zapatiste pour que ma famille ait le contrôle des champs de coca, des planches à billets et des réseaux de prostitution. Mais ça n’a pas marché. Ce sont des heures sombres pour ma famille.
Sinon "Royo" c’est juste le diminutif d’Elroy, "Pépito" en hommage au gâteau - je préfère les granola mais ça ne rime pas, de la "Muerte" pour la gagne (et des fois que ça impressionnerait un peu l’adversaire).
Plus sérieusement, peux-tu nous parler un peu de toi, de ton parcours ? Quand est ce que tu t’es réveillé en sachant que tu voulais évoluer dans cette sphère de création ?

J’ai un parcours universitaire assez long - prépa, fac, école -. Je ne pense pas que ce soit super intéressant de le détailler dans la mesure où j’ai plus appris des gens avec qui je me suis retrouvé en cours que du cursus lui-même. Ça m’a aussi donné du temps pour expérimenter, rencontrer des personnes avec qui j’avais la motivation de travailler, des clients aussi, me faire un petit carnet d’adresse, développer un rythme et une méthodologie de travail.
Par contre je n’ai jamais pensé aux métiers de la création comme à d’autres vrais métiers. Je ne me suis donc jamais dit : « je veux être graphiste », ni « je veux être designer, architecte ou photographe ». Je ne crois pas que ça marche comme ça. Quand t’as envie de faire un truc tu le fais à fond. Alors en ce moment je fais de l’illustration et beaucoup de print, et peut être que les gens me connaissent un peu plus par ça, mais je peux très bien décider du jour au lendemain de ne faire que de la photo ou réaliser des vidéos (ça me démange). En fait ce n’est pas un métier, c’est une passion, c’est un peu ma manière de vivre aussi (ça sonne con mais c’est vrai) et donc c’est pas grave si ça part un peu dans tous les sens. J’ai besoin de ponts entre les supports et les pratiques pour me renouveler et ne pas m’ennuyer dans ce que je fais. Du coup c’est peut être parce que j’ai ce fonctionnement atypique que j’ai pas l’impression d’avoir un métier.

"J’ai besoin de ponts entre les supports et les pratiques pour me renouveler et ne pas m’ennuyer dans ce que je fais. Du coup c’est peut être parce que j’ai ce fonctionnement atypique que j’ai pas l’impression d’avoir un métier".

Quelles sont tes influences ?
Tout m’influence, j’ai juste besoin de manger en permanence de l’image et du son, mais tous styles et toutes cultures confondues. Y’a toujours quelque chose d’intéressant à pécher.
Après il y a des artistes que je suis de plus près parce que je suis plus sensible à leur univers ou à la façon dont ils se développent. Genre je serai toujours surpris (et jaloux) par Supakitch ou le collectif Jean Spezial qui trouvent toujours une manière intelligente et simple de se renouveler en passant un coup par le wear, un coup par le toy, par le mural...
ILK aussi est un D.A. print que je trouve hallucinant. Mais globalement je préfère chercher mes influences dans des domaines qui ne sont pas directement liés à l’univers dans lequel je produis. Je pense à des peintres comme Connor Harrington (rien à voir avec Steven, même si je l’affectionne aussi), ou Josh Keyes.
Quelles sont les productions dont tu es le plus fier ?
Je ne peux pas trop te répondre à ça, je suis d’un naturel trop anxieux et perfectionniste dès que ça touche le travail. Ce qui est fait est fait, les trucs dont je suis fier sont ceux sur le point d’aboutir et dans lesquels je mets toute mon énergie, mais dès que je les aurai, fini, entre les mains, ils ne m’intéresseront plus et je devrai passer à autre chose.
Là je sors deux tee shirts en série limitée (Hand Off My Gold et HUG ndlr) dont je suis assez content, et d’un autre côté je suis super impatient de dévoiler le fruit de ma collab avec Yomek ! sculpteur débilement génial (sic) du collectif Jean Spézial, à savoir mon premier art toy, avec une expo de custom en chantier et peut être une release en blank (mais pour ça va falloir être patient). Il va être assez fat, pratiquement la hauteur des gros Teddy Troops, et c’est un projet sur lequel on est depuis genre 1 an et demi. Paie ta grossesse douloureuse.
Tu as notamment réalisé (avec Neopen) le dernier clip de DatA, comment ça s’est passé ?
Ça s’est duper bien passé, DatA et Matthieu d’Ekler’o’shock nous ont laissé énormément de liberté et on est parti avec Neopen sur ce clip complètement post-produit qui était un mélange de nos influences du moment. On connaissait DatA pour avoir fait pas mal de dates en VJ avec lui et on se comprenait assez bien sur l’univers à véhiculer. C’est aussi Neopen qui a designé la pochette du maxi.

"Bisou GTi est un collectif hybride et ouvert qui permet à chacun de garder son identité et ses projets, et de temps en temps on se retrouve pour des dates où on donne tout ce qu’on a de plus furieux."

Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontré en terme de de réalisation ?
Les difficultés font parti du jeu. C’est à toi d’écrire un projet que tu pourras tourner avec les moyens qu’on te propose et finir dans les temps. On a bien rigolé sur notre idée de travelling horizontal parce qu’on a du galérer a trouvé un tapis de course, le démonter, le peindre en vert, et filmer tous nos plans avec un pauvre pote qui a passé l’après midi à galoper !
Sinon c’est vrai que de faire un clip, a deux, sans ressources extérieures et complètement animé, c’est quand même ultra épuisant. J’en ferais pas un tous les 3 mois quoi. C’est aussi pour ça que j’ai envie d’aller vers la réalisation, filmer plus, mélanger les contenus, avoir une image de qualité et des effets mieux travaillés - ce qui veut surement dire plus gros budgets -.
Tu as fait parti du collectif PLAY et tu viens de monter Bisou GTI (avec Humanleft, DLID, Neopen...) c’est quoi, un club de rassemblement de tunning ?
On a été obligés d’arrêter PLAY pour des raisons plus politiques qu’artistiques mais l’envie de jouer et de produire était toujours là. On a décidé de travailler sur un projet plus global qui pourrait sur le long terme mêler du live, du dj set et du vj set. On a discuté cette idée avec DLid d’Electroluxe Family et Humanleft qui produisent comme tu le sais de grosses bastos, et on a essayé de tourner ensemble pour voir ce que ça donnerait.
Comme on a des cultures assez différentes, il y a une alchimie intéressante sur les sets, appuyée d’un mix vidéo original et décalé - on ne mixe que des créas persos - qui finit d’asseoir le principe.
Bisou GTi est un collectif hybride et ouvert qui permet à chacun de garder son identité et ses projets, et de temps en temps on se retrouve pour des dates où on donne tout ce qu’on a de plus furieux. Ça n’a pas la prétention d’être un vrai groupe mais j’espère qu’en continuant à travailler on pourra trouver un son ou une singularité de projet pour pérenniser Bisou et avancer ensemble vers d’autres trucs.
Au départ, tu étais VJ mais tu t’es également essayé au mix ?
Ouais c’est vrai que je prends un plaisir assez dingue a mixer son aussi. Plaisir décuplé par le fait, dans Bisou, de jouer back to back avec des mecs comme DLid ou Humanleft ! J’aime bien avoir cette double casquette DJ/VJ dans Bisou et je joue indifféremment vinyle, vinyles de contrôle, CD ou Ableton. Du coup suivant les opportunités et les plateaux ça nous rend vachement flexibles pour des sets son/image, seulement son, ou seulement image.
Je crois savoir que tu va déménager à Berlin, pourquoi ce choix ?
Je te trouve un peu trop bien informé ça commence à me faire flipper...
C’est juste que ça fait un moment que j’ai une furieuse envie de bouger de mon sud natal. J’avais prévu d’aller à NY direct et j’étais plongé dans mes demandes de visas. Et un jour froid d’hiver Humanleft me parle d’habiter à Berlin. Je lui ai poliment demandé si je pouvais partir avec lui et il a dit oui. Il m’a passé la bague au doigt et on est allé en week-end à Hammamet, c’était super (jusqu’à ce qu’il veuille me présenter sa famille en Bretagne).

Auteur : @FrancoisChe
Photos : Tarik B.

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